‹ Le Révérend Père A. de Ponlevoy de la Compagnie de JésusChapitre 156 sur 252 · CHAPITRE PREMIER. — LE SUPERIEUR · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. — LE SUPERIEUR

et le mobile de son gouvernement. C'est parce que ses supérieurs connaissaient la profondeur de son humilité qu'ils lui imposèrent si longtemps le fardeau de la direction de ses frères. Plus jeune que la plupart d'entre eux, il resta à leur tête treize ans de suite ; puis, nommé Provincial, il fut conservé neuf ans dans cette charge. Or, excepté le Général, tous les supérieurs sont sujets à des révocations triennales. Si donc l'on confia d'une manière si continue et si exceptionnelle au P. de Ponlevoy cette lourde charge, c'est que son humilité la portait sans péril.

♦, Cette vertu embellissait en lui les talents éminents que la Providence lui avait donnés pour le gouvernement.

Uni très -intimement à Dieu, il ne faisait rien d'important sans le consulter par la prière Quand, après avoir délibéré avec son conseil, il ne voyait pas encore la décision à prendre, il s'arrêtait, s'il en avait le temps, méditait, offrait le saint sacrifice à cette intention.

Les confidents nécessaires de son administration lui demandaient quelquefois s'il avait trouvé : « Non, répondait-il assez souvent, je tourne tout autour. Je m'en approche, mais je n'y suis pas. Il me faut encore une messe. » Enfin la prière et la mortification réunies arrachaient au Ciel ce qu'il regardait comme une njanife station de la volonté de Dieu. Alors, il'

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marchait avec sécurité, et désormais sans revenir sur sa détermination. S'il fallait tout de suite prendre un parti, l'humble supérieur appliquait les règles d'élection de saint Ignace. Et s'il ne pouvait pas peser et discuter à loisir les avantages et les inconvénients, il suivait la seconde méthode d'élection recommandée par les Exercices*.

De l'union et de la familiarité avec Dieu découle, comme de sa source, l'union avec le prochain, et cette splendeur de charité que saint Ignace exige du supérieur. Le P. de Ponlevoy en a donné de nombreux exemples. Nous reviendrons plus tard en détail sur cette qualité. Qu'il Qous suffise de dire ici que cette charité était aussi universelle que pratique. Les malades, les hôtes de passage, les exilés, les affligés, les missionnaires, les Frères qui s'occupent aux offices les plus humbles, étaient l'objet de sa sollicitude journalière. 11 aimait les siens avec une tendre affection; mais si l'un d'eux était plus gravement éprouvé par des peines intérieures, la maladie ou la stérilité d'un ministère pénible, le P. de Ponlevoy semblait ne s'occuper que de son frère

I. ce Après avoir prié, dit notre bienheureux Père, que conseilleriez-vous à un inconnu, auquel vous voudriez iaire du bien? Si la mort vous menaçait, que voudriezvous avoir choisi? Quand vous paraîtrez devant le souverain juge, quel parti seriez-vous heureux d'avoir embrassé? » (Ex.)

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