‹ Le Révérend Père A. de Ponlevoy de la Compagnie de JésusChapitre 157 sur 252 · CHAPITRE PREMIER. — LE SUPÉRIEUR · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. — LE SUPÉRIEUR

souffrant. Il le voyait souvent, l'encourageait avec bonté, cherchait à le distraire. Éloignés de la communauté par les œuvres de zèle, et cependant éprouvés par des douleurs constantes, se? inférieurs recevaient de lui des mots comme ceux-ci : « Mon bon et bien-aimé Père, pour me consoler de n'être point auprès de vous, je vais penser à vous tout le jour, et surtout prier pour vous tous les matins. » Ou bien : « Voici que Notre-Seigneur vient vous soutenir avec ses croix. Oh! courage, mon bon Père, tout cela est dur, mais bon, très-bon. »

11 aimait aussi tendrement les Frères coadjuteurs. 11 voulait qu'on les traitât comme des frères, et qu'ils se sentissent de la famille. Quand il les rencontrait, il les saluait; « ce sont des religieux, disait-il. » Toutes les semaines, le dimanche, il allait les visiter, et leur raconter les nouvelles qui pouvaient les intéresser et les édifier devant Dieu.

Il se faisait le serviteur des malades, et quoiqu'il se défiât beaucoup de son adresse à les soigner, il cherchait à leur rendre tous les services. Il avait constamment présents â l'esprit les exemples et les recommandations si parfaites de saint Ignace. Mais si les malades appirochaient du terme de la vie, il redoublait de vigilance et d'assiduité, et, malgré ses occupations, passait chaque jour un temps déterminé dans leur

chambre. Il avait reçu pour les assister un don de Dieu.

Un supérieur aussi charitable savait mêler à temps la douceur à la sévérité. Peut-être penchait-il plutôt du côté de la douceur. Toutes les fois qu'une accusation lui était portée, il en éprouvait une peine sensible. Un Père, qui fut plusieurs années son ministre à la rue de Sèvres, nous écrit : « Il était heureux de tout ce qui pouvait atténuer une accusation. Un fait condamnable se produisait-il? Il l'examinait sous toutes ses faces; et si par un côté la faute était ou amoindrie ou effacée, c'est par là qu'il aimait à la juger. « Mais si la faute était réelle, surtout s'il fallait que le membre fût retranché du corps, il en éprouvait une peine profonde et dont le contre-coup se trahissait sur son visage. Un jour, un religieux le voyant plus affecté que de coutume lui en demanda la raison : « Hélas ! dit-il, c'est le pauvre Père X. qui en est la cause. Ce départ me fait un mal affreux ! »

Mais, le plus souvent, il gardait pour lui le secret de ses peines. De là quelquefois une réserve exceptionnelle, qui, ajoutée à sa circonspection ordinaire, donnait à son accueil ou à ses paroles un air de contrainte extrême. L'effort qu'il faisait alors pour se dominer affectait à tel point sa nature sensible, qu'il en était la victime, tombait malade et ne se relevait que par des prières

Page 1