CHAPITRE PREMIER. — LE SUPÉRIEUR
der, Provincial^, confiant dans la miséricorde de Dieu, il recourut à la piété des fidèles. Son appel ne fut pas vain. Un grand nombre d'âmes généreuses dont la discrétion m'oblige à taire les noms contribuèrent à cette œuvre. Un premier don généreux au commencement de i855, encouragea le supérieur, et la première pierre fut posée le 17 octobre.
Quelquefois l'argent faisait défaut. Alors le P. de Ponlevoy et sa communauté priaient, et des secours inespérés venaient le tirer d'embarras.
i.Le Père Frédéric Studer était né à Carhaix le 4 mars 1801. Entré dans la Compagnie le 28 août 1819, il lut successivement professeur de rhétorique à Fribourg, préfet des études à Brugelette, prédicateur à Paris, supérieur de nos maisons d'Angers et de Laval. Nommé provincial en i85i, il profita de la liberté accordée à l'enseignement par la loi de 1 85o pour fonder plusieurs collèges à Vannes, Amiens, Vaugirard, Metz, Poitiers. Il concourut avec le Père Tournesac et le Père de Ponlevoy à la construction de notre église et de notre résidence de la rue de Sèvres. Dans la province de Toulouse qu'il fut chargé de gouverner ensuite, et dans sa supériorité à Vais et à Laval, il continua à faire preuve d'une grande sagesse dans la direction des religieux et le maniement des affaires, et d'un tendre amour pour la Compagnie. Il n'a cessé de lui faire du bien jusqu'à sa mort. La reconstruction de la maisbn d'études de Laval qu'il avait terminée coïncida providentiellement avec l'exil de nos Pères d'Espagne et d'Italie. Le Père de Ponlevoy lui écrivait : « Vous vivez par le cœur. Ex corde viia. » Il mourut le 4 juin 1876, au milieu de ses chers théologiens et philosophes qu'il avait tant aimés.
Un jour, entre autres, qu'après s'être tourné du côté de saint Joseph, il ne voyait plus de ressources, il fut demandé au parloir par une dame inconnue. Après un premier échange de politesses, elle lui remit pour son église une somme considérable, et, comme le supérieur lui demandait son nom, elle ne consentit jamais à le lui découvrir. Humble bienfaitrice, elle mettait en pratique ce mot évangélique si peu connu de la philanthropie : « Que votre main gauche ignore le don de votre main droite^ 5).
Ces bienfaits providentiels se renouvelèrent dans des proportions bien moindres sans doute, mais d'une manière continue, pendant tout le temps nécessaire à la construction de l'église.
Dieu ne manqua point à son œuvre, et c'est ce que ne comprendront jamais ceux qui ne l'aiment pas.
ce La maison des Jésuites, écrivit quelque temps après M. Sauvestre, s'est depuis quelques années donné le luxe d'une chapelle qui est une véritable église. Les bons Pères en ont entrepris la construction en i85'2, cela s'est fait pour ainsi dire clandestinement dans le jardin. La haute façade du couvent masquait sur la rue les échafaudages. De temps en temps la porte cochère s'ouvrait silencieusement; une charrette de pierres) de taille
t. Matth. VI. 3.