CHAPITRE PREMIER. LE SUPÉRIEUR
s'engouffrait sous la voûte obscure ; puis, les deux battants se refermaient comme d'eux-mêmes. L'édifice montait large, monumental et du style gothique obligé; il couvrait tout le jardin. Au dehors, la maison conservait le même aspect immobile et silencieux. »
Inutile d'ajouter que ce récit fourmille de contradictions. La construction eut lieu en i855, i856 et 1837 et non en i852. Comment un édifice monumental peut-il être fait clandestinement? D'où vient que le style gothique est devenu le style obligé des Jésuites, auxquels on reproche toujours d'en avoir un autre? Supposé que. cette construction ait été faite silencieusement et comme en cachette, les précautions qu'ils avaient prises ne sont-elles pas rendues nécessaires, par les mauvaises passions que ne cessent de déchaîner contre eux les journalistes révolutionnaires?
On rebâtissait en même temps la résidence, devenue trop étroite pour le nombre des Pères et des étrangers de passage à Paris.
Enfin, le i" janvier 1859, le P. de Ponlevoy put bénir l'église, y dire la messe et y donner le premier salut au milieu d'une foule de bienfaiteurs et de fidèles. Notre-Seigneur prenait possession du sanctuaire élevé en l'honneur de son nom, le jour même où Marie et Joseph l'appelèrent Jésus.
Cette église est fort belle, et dans le style de la meilleure époque ogivale. Un architecte célèbre a déclaré qu'après la Sainte-Chapelle, il n'y avait pas à Paris d'église gothique plus achevée. C'est le chef-d'œuvre du P. Toarnesac*.
Cinq ans après, cette même église fut visitée officiellement par un délégué de l'autorité diocésaine. Nous n'entrerons pas dans le détail du dissentiment regrettable qui éclata alors entre Mgr Darboy et les religieux de Paris. Le P. de Ponlevoy n'y prit qu'une part fort indirecte.
Hâtons-nous d'ajouter que le différend se termina par une heureuse intervention de Mgr Darboy., dont il convient de dire quelque chose.
I. Le Père Magloire Tournesac, né au Mans le 14 septembre i8o5, mourut dans sa ville natale, le 3 janvier 1875, au collège de Notre-Dame de Sainte-Croix dont il avait construit la chapelle et plusieurs corps de bâtiments. lia élevé à la gloire de Dieu plus de 60 églises, dont plusieurs sont très-remarquables, presque toutes dans le style gothique. Architecte expérimenté, liturgiste consommé, l'abbé Tournesac était fort estimé pour sa piété et sa science pratique, par le clergé du diocèse et par ses collègues, les chanoines de Saint- Julien, quand il entra dans la Compagnie le 21 juin i853.Il continua d'y donner l'exemple de toutes les vertus. C'était un religieux d'une profonde modestie, d'une régularité parfaite, d'une douceur et d'une patience à toute épreuve. Malgré les préoccupations que lui donnaient ses travaux, il était si uni à Dieu, qu'il a déclaré à son supérieur n'avoir jamais eu de distraction en récitant l'office divin. L^amour extrême que le Père Tournesac portait à la vérité donne à cet aveu une certitude absolue.