CHAPITRE PREMIER. — LE SUPÉRIEUR
De graves événements s'étaient accomplis en France et en Italie. Le i5 septembre 1864, ces deux puissances signaient une convention par laquelle la France s'engageait à retirer ses troupes de Rome, deux ans après; et l'Italie à empêcher, même par la force, toute attaque venant de l'intérieur contre le territoire pontifical.
De son côté, le souverain pontife, qu'on n'avait point consulté dans cet arrangement, s'occupait des intérêts plus graves encore de l'Église catholique.
Il publiait l'Encyclique du 8 décembre. Cette oeuvre admirable, où toutes les erreurs modernes sont si courageusement combattues, où les peuples et les rois auraient dû voir les principes protecteurs de la liberté des uns et de l'autorité des autres, fut battue en brèche avec violence par les esclaves de la démagogie aussi bien que par les serviteurs de l'empire.
Pour atténuer l'effet produit par la convention du i5 septembre, on attaqua l'Encyclique. Mais pour mieux ménager les catholiques, les défenseurs de la convention ne voulurent pas s'en prendre directement au Saint-Siège, et affectèrent de regarder les Jésuites comme les principaux auteurs de l'acte pontifical. La visite de Mgr Darboy servit de prétexte aux récriminations.
Au Sénat, M. Bonjean, après avoir admis que oc la Société de Jésus renferme des hommes aussi
honnêtes que les religieux des autres communautés, et que ses membres sont généralement remplis de piété, de vertu, de zèle, ajoutait : I ce Je n'entends pas réclamer des mesures de rigueur. Non, le gouvernement use de tolérance, et je suis loin de Ten blâmer. Seulement, je soumets humblement mon opinion au Sénat, bien persuadé que le gouvernement, avec cette sagesse dont il a donné tant de preuves, saura trouver des moyens doux et convenables pour ramener tous les sujets de l'empire à l'exécution des lois, sans donner prétexte à leurs habiles adversaires de crier à la persécution et de se poser en marlj^rs. »
Le débat devenait pressant. Mgr Darboy comprit qu'il était de son devoir d'intervenir. Il le fit avec plus de succès que d'exactitude. Néanmoins la Compagnie préféra la reconnaissance à la critique ; et le T. R. P. Général, tout en faisant quelques réserves de droit, chargea le P. de Ponlevoy de remercier l'archevêque.
Mais les doctrines mauvaises portent tôt ou tard leurs fruits de mort; et le peuple, après avoir entendu attacjuer dans des discours publics les prêtres et les religieux, va droit au but. Les politiques et les meneurs ne cherchent qu'un succès de popularité; les mauvaises passions décharnées par eux mettent les menaces à exécution. C'est •^e que montra, six ans plus tard, l'assassinat des •^es.