‹ Le Révérend Père A. de Ponlevoy de la Compagnie de JésusChapitre 165 sur 252 · LE PROVINCIAL · texte numérisé non relu

LE PROVINCIAL

Les Pères jésuites de la rue de Sèvres étaient depuis treize ans sous la conduite du P. de Ponlevoy. Tous l'aimaient comme un père et le vénéraient comme un saint. Ils applaudirent donc au choix que le T.-R. P. Général fit de leur supérieur pour gouverner la province de France *.

De son côté, l'humble religieux, attaché à sa communauté, avait trop bien compris la gravité' des nouvelles fonctions qu'on lui imposait pour ne pas éprouver une sensible douleur. Il voulut

I. Comme tous les ordres religieux, la Compagnie est divisée en provinces. Dans chaque province ou subdivision de pays, un Provincial est le supérieur de tous les établissements qu'elle renferme.

i'jG LIVRE III. — LE GOUVERNEMENT RELIGIEUX.

que la fête de saint André, patron de ceux qui portent la croix avec générosité, coïncidât avec son entrée en charge. « C'est le jour de saint André, 3o novembre 1864, lui ^écrivait le T. R. P. Général, que vous avez choisi, de concert avec le P. Fessard, pour la promulgation du décret qui vous confère le gouvernement de la province de Paris. La croix sera, je l'espère, dans cette circonstance comme toujours, une source de grâces et de bénédictions pour celui qui la reçoit et pour ceux dont il doit procurer le bien spirituel. y>

Cette parole était une véritable prophétie. Le P. de Ponlevoy en eut le pressentiment. Le gouvernement de la province lui parut dans la réalité une croix immense, surtout dans la perspective des dangers qui nous menaçaient; et ceux qui auraient vu dans les premiers jours l'état d'accablement et de consternation profonde où était plongé le nouveau provincial, auraient compris que la croix l'écrasait.

Il y avait bien sans doute dans cet abattement une cause physique.

Avec sa chétive santé, le P. de Ponlevoy venait de donner sept retraites sans aucune autre interruption que le temps consacré au déplacement. Lui qui se plaignait si peu disait : «Je suis brisé. » Mais son âme était plus anéantie que son corps. Maintenant que grâces à ses propres

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