‹ Le Révérend Père A. de Ponlevoy de la Compagnie de JésusChapitre 166 sur 252 · CHAPITRE II. — LE PROVINCIAL · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. — LE PROVINCIAL

révélations, la véritable physionomie de cet homme si humble nous est connue, il nous est possible de constater jusqu'à l'évidence la sincérité de ses douleurs. Il se croyait absolument incapable des fonctions auxquelles il était appelé; et il resta sous le poids de ce jugement tout le temps de son provincialat.

a En vérité, écrivait-il plus tard dans une de ses retraites, je suis d'une médiocrité absolue au naturel et au spirituel... J'ai gouverné sans pouvoir me gouverner moi-même. Tout cela tient du miracle 1 »

Il faut avouer que les lettres de ses prédécesseurs, quelque encourageantes qu'elles fussent, étaient bien propres à lui faire comprendre la grandeur de ce fardeau : on eût dit qu'ils s'étaient entendus pour rédiger une même formule de condoléance. Nous en citerons plusieurs. On verra dans ces lettres venues de divers côtés de la France, à quel point, dans la Compagnie de Jésus, la fonction de supérieur est regardée comme une charge redoutable, et non comme une dignité enviée.

Le P. Guidée, provincial de France de i836 à 1842, alors à la veille de son départ pour la Compagnie triomphante, lui écrivait d'Amiens :

ce Ce ne sont pas des félicitations et des compliments que je vous envoie. Les charges dans la Compagnie sont des charges, et on ne saurait

féliciter un homme d*avoir sur les épaules un pesant fardeau. Non alleviasti onus tuum^. »

Le P. Studer, provincial de i85i à 1837, lui disait presque dans les mêmes termes : oc Je ne vous félicite pas. Je sais ce que pèse la croix dont saint André vient de vous faire cadeau. y>

Mêmes compliments de la part du P. Victor Mertian, alors provincial de Champagne : « Vous voilà donc avec le fardeau sur les épaules. Je lisais dernièrement dans la Vie du B. Canisius qu'un nouvel ange est donné aux Profès. Je pense d'après cela que les provinciaax en ont encore un de plus : c'est consolant; mais ce n'est pas de trop pour une si lourde responsabilité. » Des lettres semblables lui arrivaient remplies de prédictions aussi peu rassurantes.

Le P. Cor, ce vieil ami de trente ans, faisait cet aveu : c A vous dire vrai, j'ai été triste pour vous pendant une partie de l'après-midi. Cela vous arrive bien le jour de saint André : 0 hona crux... Pour le tam cliu desiderata^, c'est autre chose. »

A son tour le P. Fouillot lui écrivait, avec l'aulorité d'un instructeur de troisième an, ces paroles prophétiques : « Votre provincialat com-

1, Vous n'avez pas allégé votre fardeau. {De Imit. Christi, 1. IV, c. v, v. 2.)

2. O bonne croix, si longtemps désirée. (Office de saint André.)

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