‹ Le Révérend Père A. de Ponlevoy de la Compagnie de JésusChapitre 189 sur 252 · CHAPITRE III. — LES MISSIONS · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. — LES MISSIONS

de pourvoir aux établissements de ce genre, à Cayenne et au Kiang-Nan.

Tant que la Guyane française fut l'unique prison des transportés, la Compagnie se fit un devoir apostolique d'aider ces infortunés. Bon nombre de nos Pères réclamèrent l'honneur de vivre et de mourir sous ce climat meurtrier et réussirent à se faire aimer des forçats qui les avaient maudits autrefois. De nombreuses conversions couronnèrent leur apostolat, mais ces conquêtes furent achetées par les plus rudes sacrifices.

La vie de ces apôtres était dure, sans consolation et sans appui. « Le poste que j'occupe depuis quatre ans, écrivait au P. de Ponlevo}^ l'un des plus zélés missionnaires, est véritablement écrasant, et je me sens quelquefois abruti par le travail. Je pourrais, il est vrai, en prendre et en laisser. Mais avoir toujours sous les yeux un millier d'hommes à éclairer, à humaniser, à convertir, est pour moi un fardeau qui m'accable. Je suis jeté au milieu de ceux qu'on appelle la lie du bagne. Et cependant la moisson est si belle! Sur les huit cents hommes que j'ai sur mon pénitencier, six cent trente, malgré les sarcasmes et les injures ont fait leurs Pâques. » Il ajoutait : a Aidez-moi à aimer davantage Notre-Seigneur. »

Le P. de Ponlevoy ne manquait pas à ce devoir. Il soutenait les missionnaires dansleurs épreuves,

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les félicitait des succès incroyables qu'obtenait souvent leur ministère, et entretenait avec eux des correspondances actives. Il écrivait régulièrement au P. supérieur delà Mission, même pendant le temps de la guerre et de la Commune. Il n'avait pas de plus grande joie que lorsque le courrier de Cayenne lui rapportait l'histoire des miracles de grâce et de dévouement de ces transportés, et de la vie héroïque de plusieurs missionnaires, apôtres toujours, et souvent niartyrs.

De Cayenne, ses regards se reportaient sur la Chine. La compagnie y évangélise deux grands pays, le Tché-ly et le Kiang-nan. Le premier dépend de la province de Champagne, le second de la province de France.

ce Qu'on se figure, dit le P. Daniel, dans la vie du P. Clerc ^ (p. 3 12), une province presque aussi grande que la France, traversée de l'ouest à Test par un immense cours d'eau, le Yang-Tsé-Kiang que des vaisseaux de ligne ont remonté jusqu'à quarante lieues de son embouchure, et arrosée en tous sens par d'innombrables canaux... ^Tel est le Kiang-Nan dont la capitale est Nankin, et qui se divise en deux sous-provinces, le Ngan-hoei à l'ouest et le Kiang-sou à l'est. On évalue la population totale du Kiang-nan à cinquante mil-

I. Alexis Clerc, marin, jésuite et otage de la Commune, simple biographie par le R. P. Charles Daniei, de la Compagnie de Jésus. Paris, Baltenweck.

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