CHAPITRE VI. DERNIERS JOURS
la maladie avait fait de sérieux progrès. Je n'avais sous les yeux que les restes d'un homme qui se soutenait à peine. La toux était sèche et creuse. Le malade ne parlait que par monosyllabes ; mais son regard était plus vif et plus perçant que jamais. Il semblait que son âme m'apparût sous ses traits altérés.
Nous parlâmes de sa santé, de ses projets de vojdge, de son retour prochain. « Ah! dit-il en levant les yeux au ciel, il en sera ce que Dieu voudra. » Il ne put même visiter le jardin. Il frissonnait. Cette visite fut, je crois, la dernière de sa vie. Il bénit le berceau de l'école Saint-Ignace, et saint Ignace le bénit â son tour.
Le i4 octobre avait été le jour fixé pour le départ du P. de Ponlevoy. Il devait se rendre à Menton sous la garde de M. Edouard Mignon.
Le 19, la fièvre alita le pauvre Père, et il fallut se résigner. Tout d'abord, le danger parut manifeste aux yeux des docteurs. Une santé aussi frêle, après tant de fatigues, pourrait-elle résister à une secousse nouvelle? On ne pouvait guère l'espérer. Aussi commença-t-on à rechercher dans une intervention miraculeuse, Tappui que ne pouvait plus donner la nature. On commença une neuvaine aux saints Martyrs dont le Père avait écrit les Actes. Mais il ne voulut pas y prendre part.
D'ailleurs, habitué à la maladie, il s'était vu si
souvent en face du péril, qu'il pouvait espérer le braver encore. Aussi, quand quelques jours après le cinquièmejour sur l'avis du docteur Moissenet, le P. Provincial eut proposé au malade de recevoirles derniers sacrements, celui-ci parut étonné, ce Bien volontiers, dit-il; mais je ne croyais pas le moment venu. Je les recevrai ce soir, si l'on veut. Néanmoins j'aimerais mieux attendre à demain, mon âme n'est pas faite à cette idée. » Le lendemain matin, ilditau R. P. Provincial et au P. Pitot, duquel nous tenons la plupart de ces détails, et qui fut presque constamment présent au chevet de son lit, que pendant la nuit, il avait adapté son âme à la circonstance.
ce Maintenant, je suis prêt. La cérémonie pourrait se faire à onze heures et demie. Cela gênera moins nos Pères qui voudront y assister. » Il donna les différents petits renseignements nécessaires pour en préparer le matériel ; puis, quand tout fut terminé : ce Quelle consolation! dit-il. Que de grandes grâces reçues de Notre-Seigneur Jésus-Christ,, de saint Ignace et de la Compagnie! » Puis il ajouta : ce Je suis vraiment bien content, bien consolé; je me sens plus fort et en sécurité. »
Après les derniers sacrements, un mieux notable, comme il arrive souvent, se fit sentir. On continua néanmoins les précautions d'usage. Deux Pères le veillaient tour à tour, et le second