‹ Le Révérend Père A. de Ponlevoy de la Compagnie de JésusChapitre 247 sur 252 · ÉVÈQUE DU MANS, A M. BAROCHE, MINISTRE DE LA JUSTICE · texte numérisé non relu

ÉVÈQUE DU MANS, A M. BAROCHE, MINISTRE DE LA JUSTICE

Le Mans, 3 avril 1S69,

Monsieur le Ministre,

La lettre que Votre Excellence m'a fait adresser le ven-' dredi saint dernier m'a profondément affligé, et j'ai dû attendre quelques jours avant de vous en accuser réception.

Si je regrette une mesure qui prive mon diocèse d'une ressource conàidérable et me laisse les embarras et le scandale d'une ruine que j'ai voulu éviter à tout prix, je déplore beaucoup plus encore les motifs qui l'ont déterminée.

Votre Excellence appuie sa décision sur un arrêté pris au conseil des ministres vers la fin de iSSg et sur l'opinion publique dans les circonstances présentes.

La loi du i5 mars i85o accorde la liberté d'enseigner aux jésuites comme à tous les citoyens français. La discussion de la loi ne peut laisser aucun doute à cet égard, et pendant neuf ans les jésuites ont usé de ce droit sans contestation. Un arrêté qui n'a jamais reçu aucune publicité, pas même celle d'une circulaire ministérielle, est venu les en priver. Dans quel but? Je l'ignore. Mais la

date de cet acte permet d'en deviner les motifs. Il est contemporain des circulaires menaçantes de M. Delangle et de M. Rouland, ainsi que des mesures de M. de Persigny contre les sociétés de Saint- Vincent de Paul. Il m'est impossible de penser qu'un tel acte impose au gouvernement une obligation persistante et une règle qui ne souffre aucune exception.

L'opinion publique, aujourd'hui comme toujours, suit un double courant. Il y a l'opinion des libres-penseurs de la Presse, des déclamateurs révolutionnaires de Belleville, de la Rotonde ou du Pré-aux-Clercs. D'un autre côté, il y a l'opinion des catholiques, des conservateurs qui veulent une éducation basée sur la religion. De ces derniers, le gouvernement n'a rien à redouter. Ce n'est pas parmi eux que se rencontrent ceux qui bnsent les trônes et renversent les dynasties. Je le crois assez fort pour n'avoir rien à craindre non plus d^es premiers. Il est donc libre de manifester ses préférences , .

A-gréez, etc.

t Charles,

Evêque du Mans.

Le Père de Ponlevoy jugé par lui-même. — Avantpropos Vil

Page 1