‹ Le Révérend Père A. de Ponlevoy de la Compagnie de JésusChapitre 54 sur 252 · CHAPITRE III. NOVICIAT · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. NOVICIAT

comme Je plus beau jour de ma vie. Mes vœux sont prononcés; je ne suis plus à moi, mais à Notre Seigneur et à la sainte Vierge pour toute l'éternité. »

Quand on pense qu'Armand avait dû attendre pendant deux ans le consentement de son père, et qu'il craignit pendant deux autres années le refus de ses supérieurs, on ne s'étonne pas de ce cri de joie. « Pour moi, continuait le nouveau religieux, voici les pensées qui m'ont console davantage. Je vais donc me lier avec Notre Seigneur pour l'éternité! Le Maître que je vais prendre est tout-puissant. Confiance donc! Qui m'arrachera de ses mains? Je suis faible, excessivement faible; mais j'espérerai en lui, et je deviendrai fort de sa force. Lequel des deux gagne plus au change? Certes, avec les hommes jamais on ne fera de si bons marchés. Nous avons la meilleure part; ce n'est pas nous qui l'avons choisie, peut-être même l'avons-nous regardée de mauvais œil autrefois; à Notre Seigneur seul en soit la gloire et la reconnaissance ! »

Ces dernières lignes nous rappellent et les imperfections de l'ancien philosophe de Rennes et l'humilité du religieux. Cette lettre explique aussi et confirme les révélations du Mémorial. D'un autre côté, le Mémorial fait mieux comprendre la raison des conseils qui terminent la lettre.

a Bon courage, ma chère Pauline, ne te plains pas, si le bon Dieu te fait acheter le bonheui d'être toute à lui. Tu ne le payeras jamais trop cher... Tu seras épouse de Jésus-Christ : ton époux est sanglant et sur la croix. Regarde-le; ton cœur te dira le reste. »

Son frère avait enduré ce genre de souffrances^ Il avait le droit d'en parler. Aujourd'hui qu'il recueillait le fruit de ses longues épreuves, il en appréciait le mérite. Afin de les mieux accepter, chaque jour de sa vie il pria pour sa persévérance, et redit son refrain courageux : « Ecrasezmoi, mais laissez-moi mourir Jésuite. »

Qu'on nous permette un rapprochement.

Pendant nos derniers désastres, un Père de la Compagnie, le Père Jules Arnold, s'enferma dans la citadelle de Laon pour porter à nos soldats les consolations de la foi. Le 8 septembre, vers une heure de l'après-midi, la citadelle sautait. Le corps du Père fut mis en pièces. On retrouva sur ses débris sanglants une lettre cachetée écrite à la sainte Vierge avec ces mots : a Plutôt être déchiré en lambeaux que de quitter jamais la Compagnie de Jésus, Disrumpar potius quani Societatem Jesu derelinquam ! »

Le même cri s'échappe du cœur du Père de Ponlevoy pendant son noviciat : « Plutôt être broyé que de sortir de la Compagnie ! » Tous deux s'adressèrent à Marie, tous deux furent

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