CHAPITRE IV. ÉTUDES
ce billet à sa sœur Pauline : « Je pars dans quelques heures pour la Belgique, où je vais étudier la physique. Fais-le savoir à mon père. Je pense à tous. Qu'ils n'aient point de chagrin, et que le sacrifice, s'il se peut, se fasse gaiement. »
Pourquoi courir si loin après la science et dans quel but ce futur prédicateur et directeur des âmes allait-il se livrer à des études peu en harmonie, ce semble, avec ses goûts et ses travaux
a venir
La Compagnie de Jésus, sans préjuger absolument les emplois et les aptitudes de ses enfants, les veut prêts à faire tout le bien réalisable, et leur souhaite en conséquence, dans la mesure du possible, des connaissances universelles. Comme à notre époque, les sciences mathématiques et physiques ont pris un grand développement et exercent une réelle influence, c'est avec raison que les hommes appelés à porter la parole de Dieu devant les enfants de ce siècle étudient ces sciences, bien qu'elles n'aient point pour objet direct les vérités éternelles. Ainsi faisaient autrefois les Pères et les Docteurs de l'Eglise. Mais les jésuites français, pressés de pourvoir aux premières obligations de la vie religieuse, avaient dû commencer par former des prêtres, en attendant qu'il leur fût possible d'avoir aussi des savants. Ils ne s'étaient pas trouvés en mesure, depuis que leurs maisons avaient été fermées en
1828, de fonder un seul établissement scientifique. Que de temps, de ressources et de peines ne faut-il point, en effet, pour réunir tous les éléments d'un grand enseignement de ce genre, surtout quand les professeurs n'ont pas le droit d'ouvrir un seul cours public !
Plus heureuse que la France, la Belgique avait con^quis et maintenu, depuis quelques années, les libertés dont nous avions été dépouillés. La Compagnie possédait à Namur un collège complet. Le Père Guidée, provincial de France, résolut donc d'y envoyer une avant-garde de mathématiciens.
C'est dans cette ville, située au confluent de la Sambre et de la Meuse, que le Père de Ponlevoy vint, avec plusieurs scolastiques ,de notre province, retremper dans l'étude ses armes rouillées. Quoique exilés de la France, tout leur rappelait des souvenirs heureux dans notre histoire.
Pourtant ce qui frappa la jeune imagination du nouvel hôte de la Belgique, plus que cette citadelle ce qui me semble, dit-il, très-belle, trèsforte, peut-être parce que je n'y entends rien, » ce fut le collège lui-même. La distribution lui en parut excellente. « Ouvert depuis trois ou quatre ans, il renferme deux cents élèves, tous pensionnaires, sauf les plus avancés; et qui soutiendraient facilement le parallèle avec les élèves de certaines maisons bien connues. »
Ces observations extérieures une fois faites.