CHAPITRE IV. — ÉTUDES
notre Frère se mit à dévorer les premières aridités des mathématiques.
Mais là se rencontra l'obstacle. Les sciences exactes ont une langue qu'il faut connaître, parler et écrire facilement au tableau, avant d'y faire des progrès. Le Frère de Ponlevoy avait fort peu pratiqué ces exercices, et s'accusait d'irrévérence grave à leur endroit. « J'ai jadis fait fi des mathématiques, disait-il, et maintenant, pour me trouver à la hauteur des cours, je suis obligé de faire marcher de front l'algèbre, la géométrie, la trigonométrie, la géométrie analytique. »
C'était difficile, on le voit. Cependant, grâce à sa mémoire heureuse et à un travail opiniâtre, il parvint à suivre, quoique à distance, ses plus jeunes frères.
ce Vous êtes curieux, je parie, écrivait-il à son père, le 7 février 1837, de savoir si l'on a fait de moi ici un ami d'Euclide. Jadis le bon M. Mahias n'a pas su me faire entrer dans l'intimité de ce grand homme. J'ai donc appris le tout ah ovo autant que possible, et pendant ce temps-là les autres me traînaient à la remorque. Voilà pourtant que je commence à me tirer d'affaire. Nous avons dévoré la géométrie analytique, qui n'est pas ce qu'il y a de plus aisé. La physique va son train. Si j'avais un conducteur assez bon, je vous enverrais jusqu'à Vitré une étincelle de notre machine.»
Sous ce ton gracieux et demi-plaisant, notre i^athématicien cachait la peine réelle qu'il éprouvait de voir, malgré son travail, ses efforts presque infructueux. Il ne pouvait que balbutier la langue des chiffres, au milieu de jeunes étrangers, qui, dès le mois de mars, se jouaient dans le calcul différentiel et intégral.
Nul doute qu'il n'eût suffisamment réussi dans ce genre d'études, s'il s y était longtemps appliqué. Mais il ne serait jamais devenu un savant de premier ordre. Supposé qu'il ait eu des aptitudes réelles pour les mathématiques, il n'en aurait jamais eu le goût. Les sciences naturelles avaient ses préférences, la botanique surtout. Il se plaisait dans ses promenades, à cueillir une fleur, à en dire le nom, la vie, l'histoire, à la contempler dans ses menus détails. Les mathématiques ne lui présentaient pas les mêmes charmes; non qu'il les dédaignât, il en sentait l'importance et la valeur. Toutefois, son imagination n'y trouvait pas l'idéal qu'elle rêvait; et son intelligence, pieusement pratique, les estimait trop abstraites et trop éloignées de la vie des âmes.
Pendant qu'à Namur il s'évertuait tant bien que mal à étudier la science des nombres, il s'appliquait a^ec plus de fruit à celle de la vertu, et donnait à tous l'exemple de la plus parfaite régularité. Dieu sembla vouloir le récompenser