CHAPITRE IV. ÉTUDES. qS
soir, lorsque nous nous y attendions le moins, on nous a annoncé notre prochaine émigration. Aussitôt dit, aussitôt fait. Nos préparatifs de déménagement sont peu embarrassants et, dès aujourd'hui, on pourra lever le camp sans tambour ni trompette. Comme nous nous trouvons une vingtaine compris dans la liste du voyage, pour ne pas obstruer le passage, nous sortons à la file et par différentes portes.
« A la fin de la semaine, nous aurons tous salué la Belgique, où le collège de Brugelette nous ouvre ses portes à deux battants. C'est là, autant que nous pouvons compter sur les prévisions humaines, que l'événement met si souvent en défaut, que nous pourrons achever notre cours scolastique sans désemparer. »
Il faisait bien de se mettre en garde contre les événements. Depuis quatre ans, il avait déjà changé cinq fois de demeure : Mélan, Avignon, Saint-Acheul à deux reprises, Namur, l'avaient vu successivement planter sa tente et partir; conséquence nécessaire de la vie d'apostolat.
Cette fois, son séjour allait être plus durable : il devait rester huit ans à Brugelette.
La Compagnie avait fondé, dans un ancien couvent de ce petit bourg, un collège pour les Français obligés de chercher hors de leur pays les bienfaits de l'enseignement religieux. Il faut avouer que, malgré la tranquillité de la campa-
gne, le voisinage de généreux bienfaiteurs, l'absence de nouvelles politiques et de visites oiseuses, cette solitude aurait été un désert aride pour tant de jeunes exilés, s'ils n'y avaient pas rencontré comme une nouvelle famille. Brugelette leur fit trouver des amis constamment fidèles dans leurs compagnons d'étude, des Pères dévoués dans leurs maîtres. Un de ceux qui leur furent plus chers et qui leur ont inspiré une plus profonde reconnaissance, fut sans contredit le religieux dont nous retraçons les vertus. Il a été pendant plusieurs années le guide de leurs âmes et le confident de leurs peines; et, quand on leur rappelle aujourd'hui son nom vénéré, ils disent avec attendrissement : « C'était un père et un saint! »
Avant de leur rendre ces grands services, notre nouveau prêtre devait achever lui-même le cours de ses études. Chassé de Saint-Acheul, il termina sa théologie à Brugelette. Après avoir pendant le carême, soutenu avec succès, et non sans fatigue, une dispute scolastique plus approfondie que les argumentations ordinaires, il travailla pendant quatre mois à son dernier grand examen qu'il subit le 26 juillet de cette année 1839.
Ne semble-t-il pas, après ces labeurs et ces épreuves, que sa préparation studieuse fût terminée? D'ordinaire, il en est ainsi. Mais, à cause