‹ Le Révérend Père A. de Ponlevoy de la Compagnie de JésusChapitre 63 sur 252 · CHAPITRE IV. — ETUDES · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. — ETUDES

de l'état précaire où se trouvait la Compagnie en France, le Père de Ponlevoy n'avait pu faire ses humanités. Le cours où on les enseigne, appelé juvénat, succède habituellement au noviciat et prépare la philosophie. Le Père de Ponlevoy, seul prêtre, allait donc se trouver sur les bancs avec de tout jeunes religieux. Cette nouvelle épreuve était plus pénible que celle de Namur. Mais ses supérieurs avaient pensé que sa vertu en deviendrait plus modeste et son talent plus achevé. « Après dix ans d'interruption, écrivit-il à son père le lo décembre 1839, j'en suis revenu au système des thèmes et des versions. Soir et matin, c^est un feu roulant de leçons et de devoirs. Je m'étais brouillé avec Cicéron, Virgile, Bomère, etc. ; force m'a été d'en venir à composition. Chaque jour, je perds quelque chose de ma vieille rancune, et il ne faut pas désespérer c[u'avec le temps je n'en vienne à leur accorder toutes mes bonnes grâces. Au reste, depuis trois mois j'ai travaillé pour apprendre c[ue j'étais un pauvre écolier, cjue je ne savais ni grec ni latin; le reste est à faire. »

Ces dernières lignes marquent le côté délicat de la situation nouvelle. En faisant ses humanités, le Père de Ponlevoy rencontrait la même source de peines intérieures qu'il avait éprouvées au noviciat d'Avignon et au scolasticat de Namur.

« Le juvénat de rhétorique fut pour sa vertu une rude épreuve », nous écrit le Père Pillon, alors son supérieur. Nous en donnerons la raison avec le respect dû à une mémoire qui nous est chère.

Un de ses professeurs était un maître expérimenté ; travailleur infatigable, esprit pénétrant, le Père Cahour avait étudié la littérature, selon le désir de saint Augustin, plus en philosophe qu'en rhéteur. Il avait joint à de grands aperçus littéraires, de sérieuses recherches sur des points peu connus alors de l'histoire des belles-lettres. Auteur lui-même, il avait composé .non-seulement des ouvrages de critique, mais des discours et des drames qui ne manquent pas d'un vrai mérite. Malgré un talent naturel, il appliquait avec une rigueur, peut-être exagérée, à ses propres oeuvres le conseil de Quintilien, recommandant de suspecter un premier jet trop facile. A plus forte raison, crojait-il nécessaire d'appliquer à de moins expérimentés cjue lui les lois qu'il s'imposait à lui-même.

Loin de nous la pensée de vouloir attaquer la correction dans les ouvrages de goût; mais il est de jeunes écrivains que rebute une critique trop scri^puleuse. Leur conception est prompte et nette, leur allure originale, et ils perdraient, dans le travail minutieux de la forme, l'élan spontané de leur première inspiration. Si ces élèves sont

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