CHAPITRE IV. DIRECTION
— Et quelques mois plus tard, dans ce même ordre d'idées. « J'ai été tout content, dit-il, l'autre jour en lisant saint Augustin, que f aime entre tous, de trouver sa façon de penser sur les misères du temps. 11 faut savoir qu'à son époque on se plaignait fort. « Les jours sont bien mauvais, dit-on. Maligni dies sunt. » Voici ce qu'il répond : a Personne n'aime le temps où il vit. Car le présent apporte toujours avec lui son amertume. Chaque année nous disons : jamais il n'a fait si froid. »
Nous pourrions multiplier ces citations. On y verrait se vérifier cette parole du Père de Ponlevoy recueillie plus tard par ses novices d'x\ngers : « Je me suis pieusement enivré de saint Augustin. »
Cette étude donna à ses paroles de la vivacité, du relief et de la précision. Quelquefois peut-être, pourrait-on être ébloui des contrastes trop multipliés dont elles étincellent, et reprocher à l'auteur un manque de naturel; mais ces imperfections plaisent, surtout de nos jours, et sont, au dire de Quintilien, « de charmants défauts ». Pour entreprendre une lecture aussi considérable, le P. de Ponlevoy avait dû avoir quelques loisirs. C'est en effet à cette époque qu'il fut déchargé de tout enseignement, et qu'il se consacr.a exclusivement à la direction des âmes. « J'ai définitivement laissé la régence, écrivait-il à son frère
Ludovic à la fin de 1844. J'en suis venu aux réalités, les seules pour nous. Cette année, je vais être tout entier dans les choses saintes : la direction, la prédication, l'étude sacrée. »
Là direction fut entre les mains du P. de Ponlevoy une arme plus forte encore et plus sûre que la prédication elle-même. « Pendant les années de ce ministère à Brugelette, nous écrit le P.Pillon, on ne saurait calculer tout le bien qu'il a fait aux élèves de la première division, soit en public, soit en particulier. Je n'ai jamais connu, dans ma longue carrière de collège, de père spirituel des élèves et de directeur plus accompli. Je rencontre dans ce pays (Lille) une foule d'anciens élèves de Brugelette qui reconnaissent devoir leur persévérance religieuse à l'action douce et forte de ce Père sur les âmes. Il avait un don spécial pour gagner la confiance des élèves sans rien faire pour la mendier. Il en était aussi chéri que vénéré ; et jamais il n'a, dans son ministère spirituel, entravé l'action du préfet, des professeurs et des surveillants. »
Voilà un bel éloge, et confirmé par tous ceux qui ont connu, ou vu à l'œuvre, ce directeur de la jeunesse chrétienne. L'un d'eux, qui fut son préfet de congrégation pendant deux ans, dans une lettre écrite dernièrement, nous fait connaître à la fois l'histoire et le secret de cette action religieuse.