‹ Le Révérend Père A. de Ponlevoy de la Compagnie de JésusChapitre 68 sur 252 · CHAPITRE IV. DIRECTION · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. DIRECTION

VOUS franchissez d'un vol présomptueux les bornes posées par l'Éternel. La vérité est trop simple; pour sortir du vrai, vous sortirez même du vraisemblable. Qu'importent d'ailleurs les règles sacrées? L'écrivain en appelle au génie. Nous, du génie de l'homme nous en appelons à ia pensée divine. Eh! de grâce, si vous ne voulez que des sensations, que n'allez-vous au dieu de l'alcoran! Si votre imagination ne se plaît que dans des régions fantastiques, montez sur le Parnasse païen, fouillez les archives de la théogonie indienne, ou allez vous perdre dans les nuages de la Calédonie. Ce ne seront là, après tout, que des niaiseries sonores et prétentieuses qui ne méritent pas la colère. Si elles attirent les traits de la critique, du moins n'allument-elles pas les foudres du ciel. Respectez donc la religion de Jésus-Christ. Pure comme le ciel d'où elle émane, elle ne peut qu'être souillée par vos profanes attouchements; mieux vaut pour elle le silence que vos prétendus hommages. »

Certes, une pareille page a un vrai mérite; mais elle semble écrite plutôt par un critique poète que par un prédicateur. Ses exhortations familières sont tout autres. On voit que déjà le Père de Ponlevoy connaissait à fond ses jeunes auditeurs. Il conversait avec eux, résolvait leurs doutes, frappait droit et en face. Ses analyses morales étaient entremêlées de comparaisons, de

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récits certains et pieux, bien choisis et propres à confirmer le sujet. Il terminait souvent ou pai une pensée saillante, ou par un fait vivement ra conté et qu'il avait pris la peine d'écrire en entier comme tout le discours.

Qu'on ajoute à l'intérêt du fond une action vraiment religieuse, un geste sobre mais incisif, un regard doux et convaincu, un reflet de sainteté qui brillait aux yeux de tous, et par-dessus tout un zèle brûlant, modéré par une grave réserve, et l'on comprendra l'influence exceptionnelle que de telles prédications devaient exercer sur des jeunes gens d'élite.

Mais ce qui achève de distinguer cette seconde manière oratoire de la première, c'est l'influence qu'exerça dès lors sur toutes ses compositions la lecture de saint Augustin. Vers 1844, il fit connaissance avec les ouvrages de Tévêque d'Hippone. ce Je te dirai, écrit-il alors à son frère, que j'ai trouvé parmi les Pères mon maître de prédilection. Je me suis voué à saint Augustin. Mais quand aurai-je tout lu? » Dans les lettres de cette époque, il cite assez volontiers des textes de ce saint docteur. « J'ai ri l'autre jour, écrit-il le 10 décembre 1844, en lisant un ouvrage de saint Augustin. Il s'agissait de soutenir le courage des fidèles contre les persécutions des puissants. Que peuvent-ils? Tout au plus, répond le saint, ce que pourrait un mauvais champignon. »

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