CHAPITRE V. — EXERCICES DE S. IGNACE, Il
Le choix de la solitude n'est pas indifférent pour le bon succès du troisième an. Saint Ignace, dans ses Exercices, nous dit qu'au sein d'une retraite profonde l'âme avance d'autant plus dans les voies spirituelles, qu'elle se retire davantage du bruit du monde. A son arrivée, le P. de Poule voy décrivit à son père son nouveau séjour : « A trois lieues au-dessous d'Annonay, par monts et par vaux, vous parvenez à Saint-Romain d'Ay (ou d'Aide) ; c'est le nom du pèlerinage à la sainte Vierge et de notre domicile. Vous pouvez sans peine vous représenter une espèce d'entonnoir dont les parois seraient des flancs de montagnes concentriques, de couleur grisâtre, presque partout la roche étant à nu, parsemé pourtant çâ et là d'arbres verts ou de vignes étagées par gradins. Au fond de notre entonnoir, faites couler un torrent en zigzags circulaires, et élevez en monticule le terrain embrassé par ledit torrent. Là s'élève la maison que la Providence a bâtie pour nous; une montagne d'abord, et puis un abîme, nous séparent du monde. Notre monticule ne tient au continent que par un chemin ou sentier qui passe sous un vieux portail du moyen âge surmonté d'une niche avec une statue de Notre-Dame et Tinscription : Janua Cœli. Ce nom, ici comme ailleurs, est une vérité.
a Nous avons donc auprès de nous, et tout à nous, une jolie église consacrée à la sainte Vierge
Il6 LIVRE PREMIER. — FORMATION.
et vénérée dans tout le pays. Notre maison est à côté. C'est un composé bizarre et irrégulier des restes d'un vieux castel d'un aspect presque romantique. Ma chambre est au plus haut d'une tour, et, par une échancrure de mon entonnoir, mes yeux vont se reposer sur la chaîne des Alpes toutes blanches de neige; voilà, j'espère, un beau rideau au bout de mon vaste horizon. »
Le P. de Ponlevoy y trouvait une patronne, la patronne de sa vocation, invoquée sous un nom touchant. Ce nom de Notre-Dame d'Ay donné par la population environnante, était bien mérité.
« Ce pèlerinage, nous écrit le P. Fouillot^ était le soutien de la dévotion des populations avoisinant le Rhône entre Vienne et Valence. Plusieurs d'entre elles avaient été préservées ou guéries miraculeusement de la peste par un vœu à Notre-Dame d'Ay.
ce Elles y venaient en procession au siècle dernier, comme le font encore aujourd'hui les
I. Le Père Sébastien Fouillot, né à Passavant, dans la Haate-Saône, le 5 novembre 1798, entra dans la Compagnie le 23 octobre 1816. et fut le premier novice reçu par le Père de Clorivière. Instructeur des P. P. du troisième an pendant trente-six ans, il mourut à Aix le 20 février 1877. Il a travaillé jusqu'au bout en l'honneur de Marie, mère de grâce. Le jour même de sa mort, après avoir dit sa messe, il s'occupait à expédier plusieurs exemplaires du mandement de Mgr l'évèque de Marseille sur la trèssainte Vierge, honorée sous ce titre, quand il a été appelé à la voir au ciel.