CHAPITRE V. — EXERCICES DE S. IGNACE. l3l
douleurs, et cette consolation est intime et pénétrante. De la part de Jésus, cette compassion est sympathie. De la part du chrétien éprouvé, cette consolation est affection. Enfin Jésus console les siens par une influence supérieure, et cette influence est surabondante : i° par sa grâce, il ouvre l'âme et lui donne ce qu'il a. La montagne fûtelle ensevelie dans l'ombre, à sa cime elle est inondée de lumière. Superahundo gaudio in omni tribulatione mea... i° Par son amour... Je ne veux pas de consolation. On demande, on cherche un excès de douleur pour satisfaire un excès de bonté. »
Le P. de Ponlevoy touchait au terme des Exercices. Il répéta avec saint Ignace l'hymne d'amour qui les couronne et dut insister sur le beau refrain : Sinne et suscipe, véritable donation de l'âme, ce Sume, prenez-moi car je me livre; suscipe, acceptez-moi car je m'offre; sume, prenez quand même je ne voudrais pas... suscipe, recevez, parce que je veux. La volonté se met en garde contre elle-même : une chose donnée est une chose acquise. Si Dieu prend une fois, l'homme ne reprendra plus.
a Sume, prenez; car si Dieu ne daigne pas prendre, l'homme ne pourra pas se donner... Suscipe, recevez; car si l'homme ne veut point se donner. Dieu ne veut point non plus le recevoir. N'est-ce pas faire entendre qu'il faut ici,
comme partout, et la grâce qui concourt et la volonté qui coopère?
« De plus, par ce premier mot, sume, je reconnais le domaine de Dieu. Vous êtes le maître, prenez donc, avant même que je vous donne. Par le second, suscipe, j'affirme le domaine de l'âme; recevez après que j'ai donné.
a L'âme exerce, en l'abdiquant, le droit qu'elle a sur elle-même, réellement maîtresse de refuser ou de se rendre, et Dieu respecte ce libre arbitre, pour qu'elle ait le, bonheur et la gloire de donner au moins une fois à celui qui a tant de fois donné.
« Enfin nous avons surtout dans ces deux paroles sacramentelles le sens absolu de la donation. Sume et suscipe, on offre et on donne si sérieusement. Dieu prend et reçoit si réellement, que désormais, en vertu du présent acte, on devient sa propriété dans la force du terme, une chose vivante, mais sous sa main, dont il fera tout ce qu'il voudra, qu'il nous conservera ou nous ôtera, comme bon lui semble, sans que nous ayons rien à dire, sinon : « Le Seigneur l'a donné, le Seigneur l'a enlevé, que son saint nom soit béni. »
Plus tard, quand ces mêmes paroles se retrouveront sur les lèvres du P. de Ponlevoy expirant, nous saurons quel sens et quelle valeur il y attachait.