‹ Le Révérend Père A. de Ponlevoy de la Compagnie de JésusChapitre 99 sur 252 · CHAPITRE PREMIER. — DÉBUT. l6l · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. — DÉBUT. l6l

je ne l'aurais demandée, et je ne soupçonnais pas qu'on eût fait cette démarche. Je devais, selon la coutume, prononcer mes derniers vœux le i février 1849. Mais à cause des orages qui grondaient et de l'incertitude des temps, le' P. de Ravignan demanda au P. Roothaan lors de son voyage à Paris, qu'on pût rapprocher l'époque fixée. Le R. P. général accorda avec bienveillance, et l'on m'annonça à l'improviste que je devais faire ma profession des quatre vœux en la fête de l'Immaculée ConceptioUc Marie consommait donc de sa propre main l'œuvre commencée, et au jour même où elle l'avait commencée.

ce Ainsi, avec le P. Fessard, mon compagnon de noviciat, entre les mains du P. Rubillon, jadis mon maître des novices, assisté du P. de Ravignan, mon supérieur, je fis mes vœux dans la chapelle domestique de la rue de Sèvres, ayant pour témoins M. Molle vault, directeur de Saint- Sulpice, et M. le baron Cauchy. L'un avait été le père, l'autre l'enfant du P. Supérieur, »

Dans sa Vie du P. de Ramgnan, après avoir donné ces détails intimes, mais sans nommer les deux jésuites qui faisaient leurs derniers vœux, le P. de Ponlevoy ajoute : « Et un jour la Providence voudra que ces deux religieux acquittent, à leur insu, une reconnaissance qu'ils n'avaient pu exprimer. Tous les deux seront choisis pour

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assister le P. de Ravignan et prier avec lui à ses derniers instants. »

Initiés comme nous le sommes à l'histoire secrète du P. de Ponlevoy, nous comprenons que cette date fut choisie d'en haut.**C'est au jour de l'Immaculée Conception qu'il reçut du ciel sa vocation ; c'est en ce jour qu'il fit sa consécration totale à Notre-Dame-d'Ay. Dieu permit que ce jour, marqué par tant de bienfaits, fût encore consacré par sa profession religieuse.

Quelque temps après, le nouveau prbfès annonçait à son père l'heureuse nouvelle :

ce J'ai eu le bonheur de consommer ce qui était commencé depuis quatorze ans. Maintenant, c'est un fait accompli pour le temps et au delà. Que n'étiez-vous au pied de l'autel pour ratifier une dernière fois notre dernier adieu, lors de notre grande séparation, et me dire : « Mon fils, faisons notre sacrifice d'une manière digne de Dieu ! »

La faveur que le P. de Ravignan venait d'obtenir pour le P. de Ponlevoy n'était pas de sa part une simple marque d'affection, c'était encore un acte de reconnaissance.

Depuis quelque temps le maître était devenu le pénitent de son disciple.

Etrange situation! Le conférencier de Notre- Dame, le directeur expérimenté de l'élite parisienne, le supérieur de la rue de Sèvres, s'était mis sous la conduite du plus jeune de ses infé-

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rieurs. Mais la sainteté donne des cheveux blancs, nous dit l'Écriture ; et la connaissance pratique des Exercices de saint Ignace armait le P. de Ponlevoy d'un ascendant irrésistible.

Nous n'avons que peu de renseignements sur ces rapports intimes. Voici cependant une lettre où l'on retrouve les qualités éminentes d'un directeur religieux : charité, indépendance, humilité.

Le P. de Ravignan s'était absenté en i85o pour faire sa retraite annuelle sous la direction du P. Fouillot à Liesse, a Je suis, dit le P. de Ponlevoy, un peu triste, ce matin. Je me rappelle volontiers la parole de Notre-Seigneur : « Si vous m'aimez, réjouissez-vous de mon départ, parce que je vais à mon père. » Et vous, mon Père, que j'aime et vénère en Notre-Seigneur, quoique je le dise mal et que je le prouve plus mal encore, tant je suis maladroit et inconséquent, vous vous absentez pour aller à Dieu, je vous accompagne donc par mes regrets et mes désirs. Je ne sais trop, en vérité, que vous souhaiter durant ces jours de repos laborieux. Je me sens partagé dans le sens de la divine prière : Si fieri potest^ transeat... verumtamen. Comment ne dirais-je pas à votre intention le Transeat? J'ai tant de fois répété à ce sujet le Verumtamen. Bon gré, mal gré, il faut bien en venir là, et je suis sûr d'être d'accord avec Dieu et vous. Oui, que la volonté de Notre-

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Seigneur soit connue, soit acceptée, soit accomplie, usque ad mortem, ad crucem... »

Ces dernières paroles nous révèlent la connaissance intime que le P. de Ponlevoy avait, dès cette époque, des peines intérieures du P. de Ravjgnan. Elles nous montrent aussi avec quelle indépendance religieuse il exerçait son ministère.

Mais le P. de Ravignan payait généreusement tant de services. Après s'être sanctifié à l'école de son directeur, il le dirigeait à son tour, nonseulement dans les voies de Dieu, mais aussi dans la carrière de la prédication.

On rapporte qu'il ne se contentait pas d'indiquer les défauts à éviter et les connaissances à accjuérir. Il relisait et retouchait les essais du P. de Ponlev^oy. Ces corrections n'ôtaient rien à l'originalité^ de la conception, ni à la liberté de l'allure; mais elles ouvraient au jeune prédicateur des horizons nouveaux et lui faisaient partager le résultat d'une longue expérience. Nous rattacherons ici, pour plus d'ordre, tout ce qui tient à la prédication du P. de Ponlevoy. Au surplus, c'était l'époque où il se faisait entendre dans les grandes chaires de Paris.

Il avait débuté en 1848 par la station du carême à l'Abbaye-aux-Bois. « La paroisse s'est bien dépeuplée, mais mon auditoire est nombreux et sjmipathique, écrit le prédicateur; je ne prêche pas dans le désert. »

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11 pensait en donnant l'Avent à Saint- Jean- Saint-François avoir été a d'un médiocre soutenu. » Les auditeurs ne furent pas de son avis.

11 prêcha le carême en 18/19 à Saint-Thomasd'Aquin. 11 y eut grande aflluence, nombreuses conversions.

Cette fois, il fut aidé dans son ministère par un prédicateur plus redoutable, je veux parler du choléra. Le fléau avait éclaté au printemps. Sous la conduite de son supérieur, le jeune apôtre se dépensa avec ses frères au service des moribonds, soit à la Salpêtrière, soit plus tard dans tous les quartiers de la ville.

ce Les morts et les mourants sont partout, écrivait-il; la médecine ne sait que dire ni que faire. Grâce à Dieu, prêtres et religieux n'ont pas failli à leur poste. Les jeunes gens des conférences de Saint- Vincent de Paul donnent un admirable exemple de dévouement chrétien. »

Les stations prêchées successivement à Sainte- Valère, à Passy et aux Missions étrangères, à la suite d'un grand nombre de retraites, fatiguèrent beaucoup le P. de Ponlevoy. Il dut. interrompre ses prédications. Mais il les reprit en i855 à Saint-Philippe-du-Roule, pendant tout le mois de Marie. Ce travail, excessif pour lui, acheva de l'épuiser ; il tomba sérieusement malade. Désormais, si l'on en excepte le carême donné l'année suivante à l'Abbaye-aux-Bois, à Saint-Louis-des-

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Français en 1860, et à Sainte-CIotilde en 1861, les grands sermons lui furent interdits.

Ce serait donc le moment-dejeterun coup d'œil d'ensemble sur sa prédication plus solennelje.

Un des auditeurs les plus distingués du carême prêché à Saint-Louis-des-Français nous a adressé sur cette station une appréciation fort juste, et que nous appliquerons aux autres sermons.

ce Je me rappelle que l'impression qu'il produisait était très-sympathique. Sa voix était un peu faible, mais aussi nette que ses conseils et sa direction, toujours pratique. Il ne transportait point par son éloquence, mais il persuadait profondément, et chacune de ses paroles créait une conviction. On ne pouvait pas être distrait ou endormi, parce qu'il ne se perdait jamais dans les théories métaphysiques, et qu'il n'abusait pas de ce langage mj^stico-nébuleux dont se servent les prédicateurs. C'était un de ces hommes qui, sans être orateurs de premier ordre, laissent une impression durable. Il a dû convertir beaucoup d'âmes, et on le comprend quand on l'a entendu.

ce Saint-Louis-des-Français était ces jours-là rempli de ce qu"il y avait de plus distingué en Europe. Un pareil auditoire était à lai seul un succès. »

Esprit pratique, âme ardente et ne cherchant que les âmes, le Père de Ponlevoy n'aimait pas à rester longtemps sous le portique de l'église. Il y

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entrait avec ses auditeurs, et de la chaire il leur montrait du doigt le confessionnal. Il n'avait pas d'ailleurs la force physique nécessaire pour traiter et exposer dans leur ampleur les grandes vérités spéculatives. Bien éloigné cependant de les dédaigner, il en reconnaissait l'importance pour introduire la foule des étrangers et jeter dans les âmes des germes de conversion.

Mais ce qui frappait les fidèles plus que sa parole, c'était sa physionomie austère, et le reflet de sainteté qui éclatait sur son visage. Son seul aspect convertissait les pécheurs. Qu'on en juge par le trait suivant :

En i85Qt, se trouvait parmi ses auditeurs un prêtre qui ne menait pas une vie conforme à la sainteté de son caractère. Les retraites qu'il avait suivies depuis douze ans ne l'avaient pas rendu meilleur et n'avaient été pour lui que l'occasion d'abus sacrilèges. L'esprit de ténèbres l'avait encore violemment pressé de résister cette fois. Mais Dieu avait gagné son cœur dès le premier jour. Il écrivit au Père de Ponlevoy une lettre anonyme signée : Un prêtre indigne jusquau 21 septembre i852, et suivie de ce post-scriptum significatif :

« Bon Père, je vous dois ma conversion, comme à l'instrument dont le bon Dieu s'est servi pour gagner mon âme. Je la dois, cette- insigne faveur, non pas à vos bonnes paroles ni à vos salutaires

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avis, mais à votre seule modestie. Le démon avait fermé mes oreilles. Je vous ai peu écouté, mais je vous ai vu. »

Ce genre de prédication, si semblable à celui de saint François d'Assise, a été caractérisé par le Père de Ponlevoy lui-même, quand, parlant du Père de Ravignan, il disait : « Plusieurs allaient pour le voir autant que pour l'entendre. Un ministre protestant, témoin de ce religieux début et de cette muette éloquence, se prit à dire, sous l'impression du moment : « Il a prêché avant de parler, et le sermon est fini avant d'être commencé. »

Un autre jour, un homme distingué vint écouter le Père de Ponlevoy sans le connaître. Voici quelques-unes de ses réflexions dans un style poétique et imagé.

« Ah oui! si scires donum Dei.'car je suis bien, moi aussi, de ces âmes qui sont molles et sans courage, qui ne marchent pas, mais qui s'étendent dans l'ornière du chemin de la vie. Cette parole suave et pers uasive me l'a trop bien appris. Dieu m'appelle, je ne résiste pas, mais je n'avance pas non plus. Je suis sorti plus léger et plus calme pourtant. Le Père a raconté en termes touchants une mort prématurée qui m'a frappé, que dis-je prématurée, c'est prédestinée quej'aurais dû écrire.

« Il passait dans une communauté de femmes

là-bas, bien loin. C'était la veille de l'Assomption, lui racontait-on, Tan dernier près d'une fosse îraîchement remuée dans le jardin du monastère. La supérieure disait à ses filles réunies autour d'elle la veille de ce grand jour : « Qui de vous serait la plus empressée pour s'envoler demain avec Marie sur les ailes des anges? — Moi, répondit une des plus jeunes, et la nuit suivante elle était partie.

« Cet épisode angélique a été dit avec tant de simplicité et d'onction que les pleurs sont montés à ma paupière. J'irai entendre le Père de Ponlevoy demain. Voilà tout, mon Père, je suis entré dans les sentiers amers, et j'ai cruellement souffert des angoisses du doute. Ah! la foi de mon berceau, la prière égrenée comme un chapelet sur les genoux de ma sainte mère, quand j'étais enfant, ma pauvre sœur morte dans un, couvent, votre parole elle-même de ce matin, que je veux aller entendre encore : tout cela m'attire et m'appelle, hélas! et pourtant je n'y vais pas.

oc Ah! que j'envie les hommes comme vous, à la croyance austère au fond, et si indulgente dans la forme, à la voix miséricordieuse qui ne se lasse jamais!.

« Aidez-moi un peu dans cette entreprise sainte que je voudrais mener à bonne fin. Revenir à Dieu victorieusement sans regarder en arrière et persévérer jusqu'à la fin. Ah! vous le disiez bien,

ce matin : « Heureux les apôtres dont on a pu dire : Euntes ibant et ftehant tnittentes semina sua! » Un mot de vous, un seul si vous voulez, qui me fasse souvenir que je vous "ai entendu, je serai si heureux de pouvoir le relire quelquefois si vous m'y exhortez à ne pas désespérer du salut.

« Adieu, et quand vous serez parti, je vous dirai qui je suis. »

Que de conversions furent dues à Tinfluence de son aspect religieux et de sa parole apostolique ! C'est que les saints parlent un langage inimitable, ou plutôt c'est que Dieu parle par eux et en eux, beaucoup plus que par les autres.

Cependant il est bon d'insister sur le côté plus accessible et plus rapproché de nous ; et d'étudier le prédicateur en relisant ses œuvres.

Les sermons qu'il avait prêches en Belgique lui fournirent un grand nombre de matériaux pour son nouveau ministère. Il n'eut quelquefois qu'à les adapter aux besoins particuliers de ses auditeurs. Le plus souvent, il se contentait d'écrire sur des feuilles détachées le canevas très-net des discours qu'il devait prononcer. Il a cependant composé de 1849 ^ ^^^^ ^^ certain nombre de sermons rédigés intégralement, et qui peuvent, avec nos souvenirs, nous aider à apprécier son mérite oratoire.

Ce qui frappe d'abord, c'est le grand nombre des sujets traités et la variété des plans. Je ne

compte pas moins de cinq cent onze sermons différents, dont il nous reste entre les mains des traces authentiques. En les groupant par catégories, on est étonné de voir la richesse des idées de détail. Quelle était la raison de cette puissance? Une facilité naturelle sans doute, mais plus encore l'habitude d'une méditation pratique et profonde, fruit des Exercices de saint Ignace.

Nous le verrons plus encore dans l'étude des retraites qu'il a prêchées. Les Exercices ont donné au P. de Ponlevoy un pouvoir vraiment créateur; et nul n'a su mieux tirer d'un texte des instructions à la fois plus solides et plus neuves.

Il suivait en cela les recommandations du F, de Ravignan. a Les Exercices, disait ce dernier, les Exercices, et toujours les Exercices. »

Or les Exercices parlent un langage éminemment pratique. Saint Ignace recommande aux retraitants de retirer quelque fruit de chaque point de méditation. Saint François de Sales avait été formé par les Exercices. « Il ne faut pas, écrivait-il, que l'auditeur dise de nous après le sermon : Oh! qu'il a bien prêché! mais qu'il se dise : Oh ! que la péni'tence est belle ! »

Le P. de Ponlevoy était de l'école pratique du P. de Ravignan, de saint Ignace et de saint François de Sales.

On en jugera d'après l'extrait suivant, tiré de

l'explication des règles de la Compagnie sur la prédication. Parlant aux novices d'Angers : « La règle IX®, leur disait-il, débute par une direction un peu générale. Grande assurément est sa portée, évidente aussi sa raison d'être : c'est ce qui devra caractériser tout prédicateur dans la Compagnie. Et n'est-ce pas le bon sens lui-même qui l'a dictée! Pourquoi parlez-vous, sinon pour être entendu? Et pourquoi bien dire, sinon pour faire du bien? Ainsi d'abord ad captura; il faut ^ser juste à la tête de ses auditeurs et non pas audessus, ou bien on ira se perdre par-delà. Ne serait-ce pas absurde de se croire merveilleux et de se donner pour un personnage sublime, parce qu'on est incompris et peut-être incompréhensible? Certes, si c'est là la supériorité d'esprit, c'est encore bien plus une infériorité de bon sens. Puis, ad utilitatem, viser droit au cœur. Le sermon n'est pas un simple passe-temps; il ne s'agit pas de faire une parade, ni de jouer une scène, de plaire aux gens et d'amuser tout son monde. Si vous avez fait du bien, vous avez bien dit; sinon, c'est un mauvais sermon, lût-il très-beau. De grâce, chaque chose à sa place. Dans une église on ne parle pas comme dans une académie. Laissez plutôt votre lame d'or, et pour couper prenez-moi une lame d'acier. En vérité, le vice le plus fatal et le plus commun, est comme le fléau du genre, c'est le banal et le vague avec le décla-

matoire dans la parole. Mais enfin au barreau, à la tribune même, on sait ce qu'on veut dire et ce qu'on dit, on parle pour son public et pour sa cause. Le prédicateur parle en Tair aerem verherans, et on ne saurait à qui, ni de quoi, ni pourquoi il pérore. On a défini la vraie éloquence : a L'art de bien dire quelque chose à quelqu'un. » Rien de mieux; voilà bien, en eff'et, les deux mots de notre règle ad captum. et ad utilitatem.

ce Ainsi, pourrait-on réduire la prédication normale à ces trois termes : ad horam^ad hominem, ad rem, qu'elle soit actuelle, personnelle et pratique.

a Etre clair, se rendre utile, voilà deux mérites d'un ordre purement naturel.

a A ces deux caractères la règle en ajoute aussitôt un troisième; elle entend que le prédicateur soit exclusivement évangélique; aussi bien, il ne s'agit que des âmes, il n'est question que de salut. Il n'y a donc de vraiment utile ici que ce qui est salutaire, et le signe de l'éloquence sacrée,

c'est d'être apostolique. Donc Us insistant la

doctrine chrétienne et la morale chrétienne, voilà le fond sur lequel il faut s'appuyer à l'exclusion des subtilités oiseuses et des curieuses nouveautés, rerum suhtilium Qu'on ne craigne donc

pas d'avoir l'air d'un revenant du moyen âge. A dire vrai, les nouveautés seules vieillissent et celles d'hier sont déjà surannées aujourd'hui.

Mais la nature de rhomme demeure la même jusqu'à la consommation des siècles, et la religion encore par delà, in œternum et ultra. La vérité comme la vertu seront toujours anciennes et toujours actuelles. On ne défend pas, du reste, on conseille, au contraire, de rajeunir le fond antique par la forme nouvelle. Ainsi TÉglise a-telle fait toujours, car enfin il faut bien parler le langage de son temps, et cela suffit pour que la nouveauté d'autrefois prenne un air de nouveauté, 7ion nova, sed nove dicta. Mais cette espèce de néologisme religieux, cette prétention de ne pas penser et de ne pas parler comme tout le monde, d'éveiller l'attention en piquant la curiosité par des surprises, est pleine d'inconvénients et de périls, comme elle est d'ordinaire pleine de vanité. En fait de doctrine, le nouveau est souvent erroné et téméraire, et qui veut être extraordinaire devient facilement excentrique. Du reste, au point de vue de lart, rien de plus antioratoire et au point de vue de l'eff'et, rien de plus anti-apostolique. Tout vrai orateur, à plus forte raison tout prédicateur sérieux, doit être simple, autrement l'auditeur distrait sans cesse et diverti, s'occupe beaucoup de celui qui parle, peu de ce qu'il dit et pas du tout de lui-même. Le P. Lacordaire a dit quelque part qu'il avait horreur de rester dans les lieux communs, soit ; mais, à mon avis, il faudrait avoir plus horreur encore

de sortir du sens commun. Assurément, cette même règle réprouve le genre qui tend à prévaloir dans la prédication contemporaine : les théories sociales, les questions économiques, les thèses semi-politiques, tout ce que l'on appelle l'école humaniste et humanitaire- Pures conceptions de l'homme à laisser aux disputes du journalisme ! Est-ce encore là une parole de Dieu, et que fait-elle à la foi et aux mœurs? Sauvera-tclle des âmes? pas même des corps.

oc Qu'on prêche donc au lieu de disserter et de rêver tout haut, et que le prédicateur tienne encore et toujours l'Évangile d'une main et la croix de l'autre, et il sera l'homme de son siècle. »

Ce que le P. de Ponlevoy conseillait à ses novices, il l'avait pratiqué le prernier. Il s'y montra toujours l'homme de son siècle, parce qu'il resta toujours l'homme des Exercices,

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