CHAPITRE PREMIER. DÉBUT. i5q
lui ai rien donné de mes biens; et je n'ai jamais partagé ses maux. »
On ne peut pousser plus loin l'illusion de l'humilité. A l'époque même où commencent ces relations si douces, le P. de Ponlevoy se dépensait au service du P. de Ravignan et de ses frères jusqu'à compromettre sa santé.
Il était ministre, c'est-à-dire chargé d'exécuter les ordres du supérieur, de veiller à la discipline générale et d'être à la disposition de tous. Cet emploi ne suffisait pas sans doute à son activité. Mais l'humble religieux savait combien il importe au bon gouvernement d'une maison que le ministre attende, même dans une inaction apparente, qu'on vienne le trouver aux heures réglées d'avance. Aussi s'efforçait-il d'être exact à ces rendez-vous du devoir qui, en crucifiant la nature, élèvent et purifient l'âme. Il savait, et il l'a dit souvent, que le bien fait à l'intérieur de la famille religieuse est supérieur à celui qu'on peut faire aux personnes du dehors. Avec quel courage il savait sacrifier le travail apostolique à la mission plus humble et moins consolante d'être le gardien assidu de la discipline et de la vie régulière!
A son insu, le P. de Ponlevoy nous a tracé l'histoire de son emploi, quand il a écrit dans la Vie du P. de Ravignan : « A sept heures, le ministre venait recevoir ses ordres pour la maison. Cela
l6o LIVRE II. — APOSTOLAT.
fait, le supérieur était libre pour le saint ministère. » Ainsi, tous les jours, le bon Père venait apprendre à obéir et à commander; et si le P. de Ravignan pouvait librement travailler au salut dés âmes, c'est un peu au P. de Ponlevoy qu'il le devait.
Cependant le nouveau ministre se consacra avec tant d'ardeur à son empjoi, sans négliger ses autres fonctions, qu'il tom.ba grièvement malade.
Craignant pour une vie si précieuse, le P, Supérieur crut devoir le décharger : « Priez pour le P. de Ponlevoy, disait-il. S'il venait à nous manquer, quelle perte nous ferions! On ne sait pas ce qu'il y a dans cette âme-là. »
Le P. de Ravignan, lui, le savait bien, et il mit tout en œuvre pour exploiter tant de ressources.
Il commença par resserrer le plus promptement possible les liens cjui attachaient le P. de Ponlevoy à la Compagnie en hâtant ses derniers vœux. Voici comment ce dernier raconte le fait :
ce Le 8 décembre iS/jS fut pour moi un jour de joie, un bien beau jour. Je ne puis assez admirer les dispositions ineffables de la Providence qui, sans doute â la demande de Marie, m'accorda à cette date même un si grand bienfait.
« La chose était en dehors de la règle et contre l'usage, et il fallut une vraie dispense du T. R. P. général. Jamais je ne l'avais désirée, jamais