‹ Le Révérend Père Prosper Lebastard, Eudiste, 1865-1920Chapitre 5 sur 5 · L.-N. Gard. Bégin, Arch. de Québec · texte numérisé non relu

L.-N. Gard. Bégin, Arch. de Québec

Valley field, Que., 2 octobre 1920.

Révérend P. C. Veillard, C. P. E. à Bathurst ouest. Révérend et cher Père,

J'apprends avec un profond chagrin, par votre lettre du 26 ult. arrivée durant mon absence, la triste nouvelle de la mort du T. R. P. Lebastard; et je tiens à exprimer, par votre entremise, mes très vives sympathies à la Communauté des RR. Pères Eudistes. Dans le vénéré défunt, je garderai le souvenir d'un très digne et très édifiant religieux que j'ai eu l'avantage de connaître au cours de mon voyage à Baie Sainte Marie, et qui m'avait, par sa piété non moins que par sa science théologique, et aussi par la distinction de ses manières, profondément impressionné.

Je comprends aisément que la perte est grande pour ses confrères dont il était le modèle admiré et fidèlement suivi, parce

que sa bonté attrayante égalait ses autres qualités, et que s'il savait conquérir l'estime, il avait de prime abord gagné les cœurs de tous ceux qu'il approchait.

Dans toute la sincérité de mon âme, je m'unis aux prières ferventes offertes par ses confrères pour le repos de son âme. Les saints prêtres religieux, comme lui, doivent vite obtenir la couronne de l'immortalité sacerdotale que leur réserve le Souverain prêtre Jésus.

Veuillez me croire véritablement, Révérend et cher Père,

Votre tout dévoué en N.-S.

Joseph Médard, évêque de Valley field.

Les journaux du pays se firent également un devoir de célébrer les vertus du défunt, et de rappeler l'œuvre accomplie par lui, au cours des vingt-cinq années qu'il passa au Canada. Nous nous faisons un plaisir de reproduire, entre autres, les articles nécrologiques que l'Evangéline de Moncton et le Northern Light de Bathurst lui ont consacrés.

Celui de VËvangéline, que nous reproduisons en premier lieu, est d'autant plus significatif qu'il porte la signature de l'un des anciens élèves du Père Lebastard. En voici la partie principale :

Mort du T. R. Père Lebastard.

Un câblogramme de France est venu hier matin annoncer la mort du Très Révérend Père Lebastard. Rien ne faisait prévoir cette calamité qui frappe droit au cœur, et la Congrégation des

Eudistes et le peuple Acadien tout entier. Il y a quelques mois à peine, le T. R. Père, rappelé par ses supérieurs, quittait le pays. . . au service duquel il avait mis pendant plus de vingt ans toutes les ressources de sa belle intelligence et toute l'énergie de sa foi. Une opération mal réussie, peut-on croire, — le câblogramme ne donne pas de détail, — l'a couché dans la tombe.

Notre première pensée va à la Congrégation que ce deuil afflige cruellement. Cette mort lui enlève un homme remarquable et qui lui a rendu ici au Canada d'importants services. . . Ce qu'il a fait pour nous, les collèges relevés au lendemain de l'épreuve le disent au grand public. Ce n'est là toutefois qu'une minime partie de son œuvre. Que l'on ne compte pas pour rien la part très large qu'il a prise dans l'éducation de la jeunesse acadienne, et les efforts constants qu'il a faits pour inculquer chez elle le souci de sa dignité chrétienne et la conscience de son rôle social. De nos jours où tous les efforts, tous les entraînements, toutes les préparations ne se proposent rien de mieux que de préparer l'homme à accumuler la plus grande somme de valeurs matérielles, quel service n'est-ce pas rendre à un peuple que de le retenir sur cette pente dangereuse et de le mettre face à face avec son devoir? . . . Que le peuple acadien s'incline avec respect sur la tombe du P. Lebastard; c'est celle d'un bienfaiteur insigne.

Alfred N. Roy.

De son côté le Northern Light écrit sous ce titre Very Rev. Father Lebastard.

Great wa9 the sorrow of the people of Bathurst and indeed the whole country, and throughout many parts of the Dominion,

when the news came by cable on Wednesday that death had overtaken Very Rev. Father Lebastard, Provincial of the Eudist Order. Father Lebastard left here little more than a month ago for his native land whither he was called by ecelesiastical business.

His death while on the soil of his beloved mother country was most unexpected, although it was known he intended to undergo what was considered a slight opération while there. Although no détails have been received, it is presumed that the very révérend father succumbed during the opération.

Father Lebastard was universaly recognized as a man of exceptional attainments as an educationist, and remarkable faith and dévotion as a priest. He labored in Canada for 21 years, and loved the country of his adoption with ail the fervor of a patriot. As head of the Eudist order he planned and carried to completion the Sacred Heart Collège at Caraquet, and had the misfortune to see the resuit of years of effort and labor destroyed in a few hours by a disastrous flre. Nothing daunted, he started again a splendid collège at West Bathurst and once again his hopes were laid in ashes. Bowing humbly to the will of God, he prepared to construct a larger and greater educational institution, and onîy during the past summer did he make a start by turning the first sods of the new building. Providence has called him from abundant and fruit fui labors, and knowing the man, we are sure that he answered the call as willingly and as obediently as he followed his Master's will upon earth.

A ces différents témoignages que nous venons de rapporter, il nous faudrait, pour être complet, ajouter tous ceux qu'il nous a,

été donné de recueillir de vive voix : membres du Clergé, anciens élèves, membres des professions libérales, hommes du peuple qui, à un titre ou un autre, ont été en contact avec le P. Lebastard, tous, ont, à l'envi, proclamé ses mérites; mis en relief les services rendus par lui; et se sont inclinés avec le plus profond et le plus sincère regret devant sa tombe si prématurément et si soudainement ouverte.

Nous nous sommes efforcé, à travers toutes les pages de cette modeste biographie que nous lui consacrons, de nous faire l'interprète des sentiments dont il a été universellement l'objet. Puisset-elle donc, répondant ainsi à nos vœux les plus ardents, contribuer, pour son humble part, à perpétuer sa mémoire, et à entretenir en tous ceux qui l'ont connu et aimé, le souvenir reconnaissant de sa féconde carrière d'éducateur, et l'affectueuse vénération que ses vertus et ses mérites lui ont value.

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