LE PETIT CHEVAL
Si tu venais le soir quand la lune se lève, Tu verrais qu'elle est très rouge en se levant; Mais tu aimes mieux les soirs où elle est très pâle,
Comme une morte revenue, Et qu'elle regarde la terre avec tristesse. Comme si c'était la tristesse de la terre
Oui la rendait si pâle.
Et tu t'assieds sur le seuil de ma porte,
Et comme le seuil est très étroit, Je me mets dans l'herbe, à côté du seuil.
CJiansons du Cobzar 37
Et nos fuseaux volent ensemble Et nous ne savons pas lequel va le plus vite
De mon fuseau ou du tien.
Et nous i-egardons la route comme si quelque chose
d'attendu allait venir sur la route; Et nous voyons passer un petit cheval qui s'est échappe.
Petit cheval, où vas-tu?
Si tu cherches la plaine, prends le sentier qui descend. Et tu trouveras la plaine.
Et si tu cherches le puits, \\a, sous les peupliers où les corbeaux ont des nids,
Et tu trouveras le puits.
Mais si tu cherches le bonheur, va sur toute la terre, Avec la pâleur de la lune Et tu ne le trouveras pas.
Et en voyant le petit cheval qui courait,
Sous la pfdeur de la lune, J'ai senti que le petit cheval m'emportait. Comme nous étions joyeux!
Et les villages dormaient, Et les cœurs des hommes fatigués Dormaient aussi, Et leur sommeil était étonné de nous entendre passer. Les oiseaux dormaient et leurs rêves Etaient surpris de nous entendre passer,
38 CJiansons cite Cobzar
Et nous passions sur toute la terre,
Jusqu'à ce que le matin, par pitié,
Soit venu dire à la lune de cacher sa tristesse
Oui attristait la tristesse de la terre.
Et je me suis retrouvée à notre seuil,
Et nos fuseaux tombés se demandaient
Lequel avait couru le plus vite,
De ton fuseau ou du mien,
Et je n'ai pas dit aux fuseaux
Que le petit cheval avait couru plus vite qu'eux.
Et qu'il n'avait pas pris le sentier qui descend à la plaine
Pour trouver la plaine,
Ni qu'il n'était pas allé sous les peupliers où des
corbeaux ont leurs nids,
Pour trouver le puits.
Et le petit cheval ira encore par toute la terre,
^lais je resterai dans l'herbe près du seuil
Et je le regarderai passer.
Si tu venais le soir, c^uand la lune se lève. Tu verrais qu'elle est très rouge en se levant, Mais tu aimes mieux les soirs où elle est très pâle, Comme une morte revenue.
Chanson Tzigane