‹ Le Rhapsode de la DàmbovitaChapitre 36 sur 94 · VOLEUR DE CŒURS · texte numérisé non relu

VOLEUR DE CŒURS

La lune a passé sur les saules, et toute la nuit Les saules ont rêvé du regard de la lune.

Donne-moi ton cœur, jeune fille, et je le mettrai à côté

du mien, Sous ma ceinture, près de mon poignard qui le tiendra

chaud.

Et j'emporterai ton cœur tendre et tremblant A travers la nuit et les bois et les plaines,

I 1 6 CJiansons dit Cobzar

Et tous me diront en me voyant passer : Le brave, il emporte le cœur de celle qu'il aime. Et dans les combats ton cœur sentirait le mien tout joyeux,

Et je montrerais à ton cœur toute la terre, Et ceux qui pleurent et ceux qui sont bénis,

Et les chaumières et les tombes.

Ton cœur tendre et tremblant verrait toutes ces choses. Tandis que toi tu m'attendrais au seuil, disant : Quand reviendra celui qui m'a emporté mon cœur? Mon cheval aime à courir et ton cœur est avide; 11 ne voudra point revenir vers toi qu'il n'ait tout vu. Et pour le savoir, qui sait, ô jeune fîlle, Si tu ne devrais pas toi-même le chercher. Et tu dirais alors à la forêt :

Avez-vous vu passer un cavalier avec mon cœur?

Et la forêt dirait : Il l'emportait bien vite. Et tu dirais à la plaine : Avez-vous vu celui qui emportait

mon cœur?

Et la plaine dirait : Il est déjà loin. Alors tu pleurerais et ni ton collier d'argent, ni ton fuseau,

Ni tes œillets rouges ni le maïs Xe te consoleraient d'avoir perdu ton cœur. Et c'est pourquoi tu le gardes si bien, Derrière ta ceinture, sous ton sein, Et que tu ne me l'as point donné.

Chaiisons du Cobzar

Car tu sais que mon cheval aime à courir. Et que je suis celui qui ne s'arrête pas.

La lune a passé sur les saules, et toute la nuit Les saules ont rêvé du regard de la lune.

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