‹ Le Rhapsode de la DàmbovitaChapitre 50 sur 94 · CHANSON DE LA FOLLE · texte numérisé non relu

CHANSON DE LA FOLLE

Nous reverrons les pieds des saules, quand la rivière sera

b^sse.

Je ne lui ai point dit de rester, Puisqu'il était dans mon destin de le voir partir. Et le feu brûle comme s'il pouvait m'échauffer. C'est demain dimanche et les paysans sont joyeux. Ne croyez pas que je lui ai dit de rester.

Il est parti, mais il est revenu ;

Chansons dtc Cobzar 159

11 revient tous les soirs.

Sieds-toi plus près du feu, mon bien-aimé. Tu n'as pas froid comme moi, il pourra te réchauffer. Mais j'ai si froid, vois-tu, que cela ne me fait plus rien.

Puisque j'ai toujours froid.

Ah! que tu es bon de revenir. Quel chemin as-tu pris? Est-ce celui auquel le moulin chante, Ou celui que bordent les framboisiers, Les framboisiers qui ont de belles framboises? Mes lèvres sont toutes rouges ; Mais que tu es bon de revenir.

Si les morts revenaient on leur dirait aussi : Que vous êtes bons de revenir.

Mais je t'aime mieux que les morts que je pleure. Que tu es bon d'être vivant et de m'empêcher de pleurer. Sais-tu que la lune est là avec beaucoup d'étoiles. Mais je t'aime bien plus qu'elles et je ne les regarde point

tant que tu es là.

Et lorsque tu pars je les regarde pour leur parler de toi. J'ai allumé le feu parce que je savais (|ue tu viendrais. Et je te parle à voix basse près du feu.

Alors toute ma douleur s'en va.

Et quand tu t'en vas j'éteins le feu.

Et le feu dit : Sans lui pourquoi brûlerai-je? Quand tu reviendras, prends le chemin des framboisiers,

i6o Chansons du Cobzar

Et ne demande pas aux autres de t'indiquer la route. Ne demande pas à boire à une autre femme.

Garde-moi ta eoif tout entière.

Les autres femmes ont leurs voiles et leurs fuseaux.

Que veux-tu que je te chante ?

La rivière a passé et elle a pris les pleurs de la veuve. La feuille du noyer commence à sécher dans les bois. Moi, je suis jeune et vieille, et je fais pitié,

Et cependant je suis heureuse.

Alors, pourquoi a-t-on pitié de moi?

J'avais allumé le feu parce que je savais que tu viendrais.

Nous reverrons les pieds des saules quand la rivière sera

basse.

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