‹ Le Rhapsode de la DàmbovitaChapitre 51 sur 94 · LA CHANSON MAUDITE · texte numérisé non relu

LA CHANSON MAUDITE

Je n'ai jamais dit au vent que je l'aime, Et j'aime l'entendre passer dans les bois. Les soirs de printemps reviendront et la prairie dira aux

fleurs : Vous voilà revenues !

Oui saura combien je pleure dans ma maison vide?

Nul ne le saura, puisque la maison est vide. Je savais une chanson, et mon bien-aimié m'avait dit De ne jamais chanter cette chanson,

102 CJiausons du Cobzar

Parce qu'elle lui porterait malheur.

]\Iais le bien-aimé est parti et je pensais tant à lui, Que cette chanson me revenait sur les lèvres, Tant je pensais à lui.

Un passant s'est arrêté un soir devant ma porte et je lui

ai dit :

O toi qui viens de sur la route et t'en iras par la route, Sais-tu où est mon bien-aimé ?

Et le passant avait du sang sur son couteau. Mais il ne me fit pas peur parce que je songeais au bienaimé.

Et le passant me dit : Chante-moi cette chanson Et je te dirai ce qu'il est devenu.

Et je te parlerai de lui.

Alors, j'oubliais ma promesse et je chantais la chanson, Et l'étranger l'écoutait en tremblant.

Puis je vis qu'il avait le visage très pâle, Et il me dit : Je suis l'âme de ton bien-aimé. Sois maudite pour avoir chanté cette chanson ! Et j'ai dit : C'était pour savoir de toi. Mais son âme est partie à jamais et je suis maudite, Et tout me chante la chanson que je n'aurais pas dû

chanter.

C/ia?iso/is du Cobzar

Je n'ai jamais dit au vent que je l'aime, Et j'aime l'entendre passer dans les bois. Les soirs de printemps reviendront et la prairie dira aux

fleurs : Vous voilà revenues 1

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