‹ Le Rhapsode de la DàmbovitaChapitre 57 sur 94 · LE SOMMEIL · texte numérisé non relu

LE SOMMEIL

Tu t'es assis sous les peupliers, près de ma porte, Et tu as regardé ma porte et tu n'es pas entré. Pourquoi aimes-tu tant l'ombre des peupliers?

Le sommeil a dit : Je sais tant de choses,

Je sais les rêves et les soupirs.

Je sais plus que la forêt qui murmure toujours;

Je sais plus que la rivière qui pleure, Plus que le vent qui chante,

Chansous du Cobzar i 79

Plus que le cœur des hommes, puisque je fais taire leurs

cœurs.

Et la forêt et la rivière et le vent et le cœur des hommes Ont tous dit au sommeil : Raconte-nous ce que tu sais.

Et le sommeil a répondu : Je vous le dirai tout doucement.

Et il leur a dit à tous : Je sais le repos,

Et je sais aussi ce que cache la jeune fille, Et ce que l'épouse n'ose dire, Et je le devine à leur haleine, La mort m'envoie, car l'on n'a pas besoin de descendre

dans la tombe Pour me trouver.

Et la mort me dit: Pourquoi les laisses-tu s'éveiller?

Et je laisse s'éveiller les hommes pour qu'ils m'aiment

davantage.

Et je leur mets un sourire sur la lèvre, A la place des larmes qu'ils ont versées.

Et la jeune fille me dit : Tu as le visage du bien-aimé;

Et l'épouse me dit : O ! tu as la voix de l'époux ;

Et la mort me permet de chercher dans les tombes, Pour amener ceux qui dorment longtemps A ceux qui ne ne dorment qu'une heure,

Et ceux qui ne dorment qu'une heure me bénissent De leur rendre ceux qui dorment longtemps.

Tu as le ç^oûtde l'eau iraîche, me dit le vovasreur assoiffé.

i8o CJiansons du Cobzat

Tu as l'aspect de ma maison, me dit l'homme errant. Et le passé me permet de chercher dans l'ombre

Ceux qui ont souffert, Pour les amener devant ceux qui les ont fait souffrir. Et ceux qui les ont fait souffrir tremblent De voir ceux qui ont souffert.

Tu as du sang dans ta main, me dit L'homme qui a taché son couteau.

Tu as un couteau dans la main, me dit celui qui a trahi. Je suis si doux et si méchant, que tout me veut, Puisque l'on m'aime et l'on me craint.

J'habite les nids parce qu'ils sont hauts, Et les tombes, puisque l'herbe les couvre. Et le cœur des hommes a besoin de moi, Et j'ai besoin de leurs douleurs et de leurs joies Pour en faire des rêves.

Et celui qui dort est sacré.

Et l'on dit de celui qui dort : Le ciel l'aime, car il dort. Et celui qui ne peut pas dormir Inspire de l'inquiétude.

Et l'on dit de lui : Il ne peut pas dormir.

Tu t'es assis sur les peupliers, devant ma porte. Et tu as regardé ma porte et tu n'es pas entré. Pourquoi aimes-tu tant l'ombre des peupliers?

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