PLAINTE DE LA MERE
La rivière pleurait, mais je n'ai pas voulu Entendre pleurer la ri\ière Parce que je te portais contre mon sein. Les étoiles du ciel avaient l'air triste, Je n'ai pas voulu voir la tristesse des étoiles Parce que j'entendais ta voix.
Les hommes me disaient : Nous sommes de misérables
hommes.
Mais je n'ai point plaint les hommes misérables. Parce que tu étais à moi.
i8 C/miisous dît Cobzar
Et tous, la rivière pleurante, les étoiles tristes, les
hommes malheureux.
Ont dit à la tombe de te prendre, Pour que, à cause de la mienne,
|e comprenne leur douleur.
Et voilà que je pleure,
Et voilà que je ne pleure.
Ni les chagrins des hommes.
Ni ceux de la rivière.
Ni ceux des étoiles.
Mais ie te pleure, toi seul, Je te garde avarement toutes mes larmes, Car je bercerai mes bras vides, Tristes de n'avoir plus de fardeau.
Et je chanterai sans oreilles pour m'entendre, Et les oiseaux demanderont :
Pour qui chantes-tu?
La lune regardera et dira :
Oui berces-tu?
Et la tombe sera fière
Quand je serai maudite.
Et je l'aurai donné à la tombe Et mes entrailles me reprocheront
D'avoir donné à la tombe Ce qu'elles m'avaient donné.
Chansons du Cobzar ic>
Et je te verrai dormir
Et je ne saurai pas si ton sommeil est doux.
Et je demanderai à la tombe
S'il est doux le sommeil qu'on a en elle.
Mais toi qui sais que la tombe ne s'attendrit point.
Que la tombe aime à se taire.
Me répondras-tu à sa place?
Me diras-tu : Petite mère,
Que font les oiseaux dans les branches,
Et la rivière sur les cailloux.
Tandis que je dors?
Que fait ton cœur brisé,
Ton petit cœur, petite mère,
Tandis que je dors?
Le père crie-t-il toujours en conduisant les bœufs air
labour,.
Tandis que je dors?
La rivière pleurait, mais je ne voulais pas Entendre pleurer la rivière, Parce que je te portais contre mon sein. Les étoiles du ciel avaient l'air triste, Je n'ai pas voulu voir la tristesse des étoiles. Parce que j'entendais ta voix.