L'ORPHELINE
Au crépuscule on voit à peine la lune, Mais lorsque la nuit vient, elle éclaire tout le ciel. Ces rivières sont sœurs, puisqu'elles descendent de la
même montagne.
Ne passe pas la nuit dans le village Car les chiens ne sont point endormis, Et tu pourrais aussi rencontrer des âmes.
Moi j'ai dit à l'âme de ma mère,
Chansons dît Cobzar 207
De m'attendre auprès du puits, Et je regarderai dans le puits pour la voir Et je n'oserai pas la regarder en face. Mais elle me regardera longuement pour voir mon visage,
Et ma chemise et ma ceinture.
Et le lendemain ma ceinture aura plus de perles Et ma chemise plus de paillettes.
Et elle regardera la maison et le lendemain Le soleil s'attardera sur elle, Et elle regardera mon cœur Et mon cœur sera apaisé.
Et je lui demanderai : Comment est-on dans la tombe ? Et je verrai dans le puits son image Avec un doigt sur la bouche.
Et je lui demanderai si elle me regrette, Et je verrai dans le puits son image S'essuyer les yeux.
Et les fleurs que j'ai jetées sur sa tombe. Je les verrai toutes à sa ceinture.
Et elle ne me dira rien mais je sentirai son regard
Et elle me fera signe de lui donner à boire, Et je donnerai à boire en son nom dans toutes les
chaumières.
Et je regretterai que le puits soit si profond, Et que je ne puisse baiser son visage.
Chansons du Cobzar
El je la chercherai encore qu'elle sera déjà partie, Et j'entendrai retomber la pierre de sa tombe Comme si elle me frappait le cœur ; Car j'ai dit à l'âme de ma mère, De m'attendre auprès du puits.
Au crépuscule on voit à peine la lune, Mais lorsque la nuit vient elle éclaire tout le ciel. Les rivières sont sœurs, puisqu'elles descendent de la
même montagne.