LA PLAINTE DE L'ORPHELLNE
Une femme qui passait est venue me demander à boire Et je lui ai donné de l'eau, et elle a béni mon seuil. Puis elle s'en est allée en le bénissant.
Je vais le dire à ma petite mère dans sa tombe, Car elle m'a dit, avant de mourir :
Quand tu auras un chag-rin, viens me le dire dans la
tombe, Car je n'en souffrirai plus là-bas.
200 Chansons cite Cobzar
Et toi tu croiras que je te comprends, Puisque je me tairai.
Et tu auras partag-é mon chagrin avec moi Et j'en prendrai la moitié dans ma tombe, Et je ne cesserai pas de dormir, puisque tu pleures Mais tu cesseras de pleurer, quand tu verras comme je
dors.
J'irai dire à ma petite mère dans sa tombe : Dors toujours, petite mère, ce n'est que moi avec mon
chagrin, Mais il faut que tu saches mon chagrin Et que je te le confie, comme on confie les morts à la
terre, Oui ne les rend pas, et les reçoit avec indifférence. Petite mère, petite mère, que tu as bien fait de mourir Pour ne point connaître mon chagrin.
Tu peux dire dans ta tombe :
Je suis celle qui est morte Pour ne point voir le chagrin de mon enfant. Petite mère, tu ne l'as pas connu et je suis heureuse, Qu'il te soit resté étranger, Car tu l'aurais aimé aussi, puisque je l'aime, Et tu le pleurerais aussi, puisque je le pleure. Je n'ai point demandé : Quelle est celle qui sera son
épouse ?
Chansons du Cobzar 201
Je n'ai point cherché son chemin pour la rencontrer. Je ne kii dirais pas, lorsque je la rencontrerai : Tu as pris ma part de bonheur sur la terre ; Tu as vidé ma cruche et rompu mon pain à toi seule;
Je te dois toutes mes larmes.
Je ne lui dirai point cela et je m'éloignerai d'elle, Et je ne lui dirai pas à lui, quand je le rencontrerai : Sois maudit d'avoir pris cette épouse.
Et je n'essaierai point de le détourner d'elle, Puisqu'elle est celle que le sort lui gardait. Et je lui dirai : Ne me regarde pas, car je pleure,
Mais je ne pleure pas pour toi, C'est à cause de ma petite mère qui est dans sa tombe
Que je pleure.
Et je lui ferai croire cela pour que son cœur se repose Et qu'il sourie à son épouse de tout son cœur. Et que le repentir n'entre pas par moi dans leur demeure. Mais toi, petite mère, puisque ton cœur se repose, laissemoi tout dire devant ta tombe, Pour avoir la force de ne rien dire devant lui. Ah! puisque cela ne peut te rien faire, petite mère, qui
dort si profondément, Je vais crier même, Et tu ne pourras pas te dire : C'est mon enfant qui crie, Parce que celui qu'elle aime l'a abandonnée.
Une femme est venue me demander à boire Et je lui ai donné de l'eau et elle a béni mon seuil, Et elle s'en est allée en le bénissant.
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BLESTEMATA
Le ciel s'est assombri et les corbeaux volent, Oiseaux noirs, est-ce que vous annoncez la neige ? Aurons-nous de la neige dans nos champs?
Ce n'est pas moi qu'il a maudite, c'est ma maison; Et quand je suis hors de la maison, j'ai l'âme tranquille; Mais quand j y rentre la malédiction m'attend à la porte
Et je voudrais demeurer sous le ciel.
Mais quelqu'un me dit à l'heure de la lune : Rentre dans
ta maison.
204 Chansons du Cobzar
Et je ne puis répondre : Elle est maudite. Ce n est pas moi qu'il a maudite, mais le lit. où je dors, Et je voudrais dormir sur la terre,
Mais à l'heure du sommeil Quelqu'un me dit : Couche-toi sur ton lit. Ce n'est pas moi qu'il a maudite, mais les aliments que
je mange et l'eau que je bois.
Et je voudrais mourir de faim.
Mais à l'heure de la faim et de la soif quelqu'un crie
dans mes entrailles : Mange et bois.
Ce n'est pas moi qu'il a maudite, mais les chemins où
je marche; Et je voudrais demeurer.
Mais à l'heure où le soleil se "lève quelqu'un ouvre ma
porte et dis : Va-t'en.
Ce n'est pas moi qu'il a maudite, mais ma ceinture et mon
collier et mon fuseau.
Et je voudrais ne plus les toucher.
Mais quelqu'un me dit : Prends ta ceinture et ton collier
et ton fuseau.
Ce n'est pas moi qu'il a maudite, mais tout ce que je
vois et je touche et j'approche.
Et je ne voudrais plus rien voir, ni toucher ni approcher,
Et je vais vers les tombes pour mourir; Mais quelqu'un se lève d'entre les tombes et me dit : Vis.
Chansons dit, Cobzar
Le ciel s'est assombri et les corbeaux s'envolent. Oiseaux noirs, est-ce que vous nous annoncez la neige ? Aurons-nous de la neige dans nos champs ?