‹ Le Rhapsode de la DàmbovitaChapitre 68 sur 94 · CELUI OUI NE TRAHIT POINT · texte numérisé non relu

CELUI OUI NE TRAHIT POINT

J'ai vu que ton visage était changé, Et cependant la vieillesse n'a pas passé sur toi. Les noisettes sont encore vertes, mais le blé va bientôt

jaunir.

J'ai donné mon cœur à celui qui ne trahit point, Et il m'a dit : Reviens dans cent années, et tu trouveras

ton cœur sous mon manteau.

Mais dans cent ans nous serons tous les deux poussière.

212 Chansons du Cobzar

Et je ne pourrai pas lui demander mon cœur. Celui qui ne trahit point m'a aimée, Et je suis plus joyeuse que les premiersjours du printemps Mais lui n'est point joyeux, car il a vu la vie, Et il sait qae la vie est comme un nid en hiver. Le cœur des hommes y a toujours froid, Et c'est pourquoi il a pris mon cœur, Qu'il gardera cent années, jusque dans sa poussière; Et il défendra à la mort de le toucher,

Et à la terre de le féconder.

Et il dira à la mort et à la terre : C'est son cœur, Que j'ai promis de ne lui rendre que dans cent ans. Et la mort et la terre s'émerveilleront De celui qui ne trahit point.

Et mon cœur dormira dans sa main en poussière, et

dans la poussière de sa main.

J'ai vu que ton visage était changé, Et cependant la vieillesse n'a point passé sur toi. Les noisettes sont encore vertes, mais le blé va bientôt

jaunir.

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