‹ Le Rhapsode de la DàmbovitaChapitre 78 sur 94 · DIN FLORI · texte numérisé non relu

DIN FLORI

\^enez danser, car c'est dimanche.

Et j'ai rencontré des jeunes gens qui chantaient, Et la forêt m'a dit : Vois comme ils chantent.

Elle ne viendra pas demain et hier elle n'est point v^nue, Celle qui me ferait cesser d'être étranger ; Et je la rencontre peut-être chaque jour, Et elle me voit.

Et elle détourne son visage pour me cacher ses yeux

CJiansons du Cobzar 249

Car si je la voyais pleurer, je dirais de suite : C'est elle. Et elle détourne son visage pour ne point voir ma

tristesse, Car si elle me voyait si triste elle ne pourrait S'empêcher de crier : Tu es mon enfant !

Et peut-être me voit-elle à côté de lui, Et n'ose-t-elle me dire : C'est ton père! De peur que je ne le haïsse.

Et que je ne la haïsse aussi !

Et je les aime tous deux comme la fleur aime ses racines. Et je ne les maudis point et je leur dis dans mes rêves : Bénie soit l'heure où vous vous êtes aimés. Et je ne leur dirais jamais ma souffrance. Et s'ils me le demandaient, je leur dirais

Que je suis heureux !

Que je ne vais jamais auprès des tombes, Et que les tombes ne me tentent pas.

Je leur dirais cela et je garderais ma douleur au fond de

mon cœur, Comme la pierre creuse garde la pluie.

Comme celui qui meurt garde le secret de sa dernière

souffrance.

Et on ne dira point en me voyant :

Comme son cœur est plein.

Et l'on croira que mon cœur est très vide.

250 Chansons die Cobzar

J'aime les enfants joyeux des mères, Puisqu'ils disent : Ma mère !

Et je les écoute pour apprendre à le dire, Et lorsque je suis seul, je me le dis à voix basse. Mais je n'ai pas en le disant La même voix que les enfants des mères, Ceux pour lesquels les mères prient à genoux, Et auxquels elles tissent tout le jour de belles chemises

Et qu'elles endorment sous leurs chansons. Ma mère, toi que je vois peut-être tous les jours Sur le chemin.

Ou bien trempant le chanvre en la rivière, Si tu étais morte, comme j'aimerais ta tombe, Et comme j'aimerais demeurer auprès d'elle Et la couvrir de fleurs.

Et ne point te nommer.

Et dire : Je suis le fils de la terre. Et j'aime cette tombe puisqu'elle couvre un peu de terre. Et j'ignore qui dort en elle.

Non, tu ne saurais être morte, ma mère, Puisque tu m'aurais appelé avant de mourir

Pour me dire d'aimer ta tombe ; Car tu aurais eu peur d'y avoir très froid Sans l'amour de ton pauvre enfant.

Si tu es vivante, ma mère, viens un soir lorsque je

dormirai,

Chatisons du Cobzar

Et regarde-moi dormir, Et je me dirai le matin : Elle a regardé mon sommeil.

Venez, car c'est dimanche, Et j'ai rencontré des jeunes gens qui chantaient, Et la forêt m'a dit : Vois comme ils chantent.

CANTECUL SURATEI

Les deux chemins ont des noyers, Mais dans l'un des chemins les noyers sont tous verts, Et dans l'autre chemin ils ont perdu leurs feuilles. Nous prendrons le chemin des noyers toujours verts.

Ma sœur, ma sœur, pourquoi ne me l'as-tu pas dit tout

de suite ?

Nous avons vidé ensemble trois quenouilles, Et je n'ai pas vu ta main trembler ;

Chanso7is dit Cobzar 253

Et quand je t'ai parlé de lui, tu t'es penchée vers la donita

pour boire, Et j'ai cru (|ue tu étais assoiffée.

Ma sœur, ma sœur, as-tu appris des tombes à te taire, Pour avoir ainsi gardé le silence?

Crois-tu que si les tombes pouvaient parler,

Elles ne seraient pas plus heureuses?

Tu as joué avec les franges de ma ceinture.

Lorsque je t'ai parlé de lui, Et j'ai cru que tes doigts étaient oisifs. Et tu ne m'as pas dit comment est sa demeure, Car si tu m'avais dit cela.

J'aurais compris que tu l'aimes.

Et j'aurais essayé de ne pas l'aimer aussi. Maintenant, nous l'aimons ensemble, Et nos deux amours sont comme la rivière, Oui pleure de couler toujours Et ne peut cesser de couler.

Et je commence à te haïr et je trouve Que tout en toi est haïssable.

Le bruit de ton fuseau m'empêche d'entendre mes

pensées, Et quand tu chantes, mon cœur croit Que tu lui chantes la plainte des morts. Quand il vient vers nous, nous nous regardons,

254 C/mfisoHs du Cobzar

Pour savoir laquelle l'espère davantage ; Et celle qu'il préfère a le rire sur la lèvre Et l'autre a des couteaux sous ses yeux. Et quand il part nous nous regardons, Pour voir laquelle en souffre davantage. Suratâ, Ma sœur, ma sœur, tes boucles d'oreilles sont en verre

bleu, Et quand tu danses, elles caressent ton visage, Et j'aimais danser près de toi.

Maintenant je te voudrais morte, Et cependant j'ai peur que tu ne meures. Car il pourrait pleurer sur toi, Et alors je saurai qu'il t'aime Et si cela est, je ne veux pas le savoir. L'arbre ne sait pas la hache qui va l'abattre. Et il jouit du soleil.

Quand je dis : Pourquoi mets-tu tant de colliers? Tu ne me réponds pas, Et tu me semble chaque jour plus belle, Et je crains qu'il ne t'aime, Et que ce ne soit la joie de ton cœur, Oui te rende si belle.

La laine de ta quenouille me parait la plus blanche, Et quand tu t'arrêtes auprès du puits.

Ckansoîis dît Cobzar 255

Je te demande : Pourquoi t'arrêtes-tu?

Et je crains que tu ne l'attendes, Et je ne suis pas même tranquille quand tu dors ;

Car tu dois le voir dans tes rêves.

Et peut-être te dit-il, dans tes rêves, qu'il t'aime, Et mon image n'est pas là Pour lui dire : Tu mens.

Ma sœur, ma sœur, as-tu jamais offensé ta mère? Ai-je oublié de donner à boire au passant.

Pour que Dieu nous panisse ainsi?

J'aurais mieux aimé mourir sans cierge, Et voir effacées au matin les fleurs peintes sur ma

chaumière, Que d'avoir un chagrin qui devient plus grand Lorsque je le partage avec toi.

Ah! je bénirais celle qui viendrait chanter le chant des

morts A mon seuil, Pour que je meure dans un mois, Et cependant je ne veux point mourir, Car il n'en aurait peut-être pas de tristesse, Et alors tu saurais qu'il t'aime.

Les deux chemins ont des noyers,

Cha7iso7is diù Cobzar

Mais dans l'un des chemins les noyers sont tous .verts, Et dans l'autre chemin ils ont perdu leurs feuilles. Nous prendrons le chemin des noyers toujours verts.

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