‹ Le Rhapsode de la DàmbovitaChapitre 77 sur 94 · LES TROIS BAISERS · texte numérisé non relu

LES TROIS BAISERS

La pluie est tombée dans la plaine, Et les ornières du chemin sont profondes,

Et mon chariot va lentement, Puisque les ornières du chemin sont profondes.

J'ai trois baisers sur ma lèvre :

Celui du vent, celui de ma mère et celui de ma fiancée ; Et je vais avec dans la grande forêt, '• Et lebaisçrdu- vent me dit : •

246 Chansons dit Cobzar

Je t'aime, brave enfant, puisque tu es robuste, Et que tes cheveux ont l'odeur des jeunes plantes,

Et tes pas la légèreté des torrents, Et que tes pas font ralentir le pas des jeunes filles Lorsqu'elles te voient sur le chemin.

J 'aime te baiser après avoir baisé les tombes, Et je retourne les baiser après toi.

Pour leur parler de ta jeunesse Et de tes cheveux qui ont l'odeur des jeunes plantes. Et le baiser de ma mère me dit :

Puisque je t'aime, reviens, La maison a besoin de toi.

Puisque je t'aime, va à la guerre et ne crains pas de

mourir En songeant que j'en serais malheureuse Et que je pleurerais.

Les yeux des femmes sont accoutumés aux pleurs, Et les pleurs aiment les yeux des mères. Et le baiser de ma fiancée me dit :

C'est printemps dans la plaine.

Et partout c'est printemps.

Les œillets se penchent hors de la fenêtre pour voir leurssœurs du jardin.

J'ai mis un œillet au bout de ma quenouille, Et l'œillet se croit tout près du ciel.

j'ai mis ton nom dans mon cœur, Et mon cœur se croit tout près du ciel. Si tu meurs, je serai veuve sans avoir mis un voile sur

ma tête.

Et je chanterai la plainte de l'épouse. Et je dirai : Ne chantez pas devant moi, Car mon époux est mort.

C'est printemps dans la plaine, Et partout c'est printemps.

Et j'emporte les trois baisers, avec mon fusil, avec mon

épée, avec mon cheval.

Et mon épée est plus légère, Et mon fusil est plus joyeux, Et mon cheval est plus rapide.

Et quand je mourrai les baisers flotteront sur moi Comme trois oiseaux.

Et trois oiseaux chanteront où je serai mort.

La pluie est tombée dans la plaine.

Et les ornières des chemins sont profondes,

Et mon chariot va lentement, Puisque les ornières du chemin sont profondes.

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