Lavisse, Hist.de France, t. VII, 2* partie, p
raents, ne lui étaient attachés que parles cordons de sa bourse. Heureusement, les confédérés n'avaient entre eux aucune cohésion ; les armées françaises vigoureusement commandées, maintinrent les Hollandais, chassèrent les Impériaux du Palatinat qui fut de nouveau incendié et ravagé, sauvèrent l'Alsace, firent la conquête de la Franche-Comté. Après six années de dévastations commises par les belligérants, de part et d'autre du Rhin, Louis XIV, malgré ses mécomptes, put dicter la paix; mais les Hollandais avaient sauvé leur pays. Ce fut le traité de Nimègue (1678), qui donna définitivement à la France, la Franche-Comté et dans le Nord, Valenciennes, Bouchain, Condé, Cambrai, Aire, Saint-Omer, Ypres, Warwicket Warneton, Poperinghen, Bailleul, Cassel, Bavay et Maubeuge.
Mais l'ennemi décida d'élever, de l'Escaut à la Meuse, une barrière de forteresses pour fermer les Pays-Bas à la France. Louis XIV renonça à Philippsbourg. Il garda pourtant Fribourg, la clef de la Forêt-Noire, avec un chemin jusqu'à Brisach. Le duc de Lorraine rentra dans son duché.
Durant cette guerre, longue et si onéreuse, qui porte dans l'histoire le nom de « Guerre de Hollande » , nos armées avaient essayé de pénétrer en Allemagne par les villes du Rhin suisse, appelées les villes forestières du Frikthal, Rheinfelden, Seckingen, Lauffenbourg et Waldshut, dont nous avions déjà utilisé les ponts, pendant la guerre de Trente ans. Au traité de Nimègue, Louis XIV eût voulu se les faire attribuer pour se donner une entrée stratégique en Allemagne. Mais les Suisses supplièrent « leur grand ami, allié et confédéré », de renoncer à cette annexion.
Louis XIV n'osa résister à cette demande ; il y acquiesça, « comme ne pouvant donner une plus grande marque de confiance envers les louables Cantons » . Mais il fut stipulé que les troupes impériales évacueraient ces villes, et que la Suisse les occuperait en s'engageant à défendre leur neutralité. L'Empereur, mis en demeure d'évacuer, tergiversa, refusa ; on s'en tint là, de sorte que les villes forestières restèrent à l'Autriche jusqu'à ce qu'au traité de Lunéville, en 1801, le Premier Consul les fit enfin remettre à la Suisse.
Quant à la Franche-Comté, Louis XIV en appréciait l'acquisition en ces termes : « C'est une province, écrit-il dans ses Mémoires, grande, fertile, importante, qui, par sa situation, sa langue, et par des droits aussi justes qu'anciens, devait faire partie du royaume, et par qui, m'ouvrant un nouveau passage en Allemagne, je le fermois en même temps à mes ennemis. » Comme le disait Vauban, par la Franche-Comté jusqu'à la trouée de Belfort, « nous tenions constamment ces pays sous notre couleuvrine ».
Pour la Lorraine, Louis XIV prenait difficilement son parti d'avoir été obligé d'y réinstaller le duc Charles. Du moins, la France tenait garnison dans ses forteresses. Quelques années plus tard, en 1685, le Roi envoyant à Vienne le comte de La Vauguyon, le charge de déclarer à l'Empereur « qu'il n'y a personne en France qui ne considère la Lorraine comme un membre si inséparablement uni et attaché au corps du royaume, qu'on ne pouvait en proposer dorénavant le moindre détachement sans s'attirer l'indignation de tout ce qu'il y a de bons Français1 ».
Tandis que les Autrichiens refusaient d'évacuer les villes forestières, Louis XIV interprétait largement à son profit l'article qui lui livrait certaines villes «. avec leurs dépendances ». Quelles étaient ces dépendances ? Pour les rechercher le Roi institua, à Tournai, Metz, Brisach et Besançon, des « Chambres de Réunion », chargées de faire une enquête et de proposer l'annexion de tous les pays qui, eu égard à leur passé historique, pouvaient être considérés comme des dépendances des villes et provinces nominativement énumérées au traité. Les arrêts de ces Chambres de Réunion annexèrent à la France Montbéliard, Strasbourg, Cermersheim, Lauterbourg, Sarrebruck, Deux-Ponts, Luxembourg, Chimay, Coùrtrai, Dixmude et une quinzaine d'autres villes avec leur banlieue. Ces agrandissements furent ce que Louis XIV appelait « du droit de sa Couronne », puisqu'il ne récupérait, au dire des légistes, que des pays qui, à des époques anciennes, avaient fait partie du
1. Albert Sorel, l'Europe et la Revu! a lion française, t. I, p. 284.
royaume des Francs. Des protestations timides vinrent de la Diète de l'Empire. Louis XIV, dédaigneux, se contenta d'écrire à son ambassadeur : « Vous n'avez qu'une réponse générale à faire, qui est que je prétends jouir de tout ce qui m'appartient, en conséquence des traités de Munster et de Nimègue1. »
Tout de même, on s'arrêta dans cette voie et le fier monarque sut écouter les conseils de modération : « Aller plus loin, écrivait l'un de ses ministres, serait mettre à l'aventure tout ce qu'on a acquis avec tant de peine. Le Roi et ses sujets ont également besoin de repos. »
Sous l'empire de ce sentiment, Louis XIV agit avec une modération insoupçonnée jusque-là, dans l'affaire de la succession du Palatinat. L'Electeur Charles-Louis, décédé en 1680, avait eu pour héritier son fils Charles « prince qui se laissa guider par les conseils de personnes méprisables et fut plus sensible à ses plaisirs qu'à la désolation de ses Etats2 ». Il mourut sans enfants, en 1685, ce qui donna des droits sur une partie du Palatinat à sa sœur, « Madame », Elisabeth-Charlotte, qui avait épousé le duc d'Orléans, frère de Louis XIV. Ce dernier n'était pas prince à négliger un tel héritage. Il réclama au nom de sa belle-sœur, Oppenheim, Kaiserslautern et le comté de Sponheim. Les princes allemands contestèrent les droits de Madame, et cette fois, Louis XIV, loin de brusquer les choses, proposa de soumettre l'affaire à l'arbitrage du Pape.
Louis XIV entretenait avec sollicitude la protection onéreuse mais intéressée, qu'il accordait à l'archevêque Électeur de Cologne, Maximilien de Bavière. Quand il mourut, en 1688, le Roi prétendit faire nommer à sa place le cardinal de Furstemberg qui lui était dévoué; il n'y réussit pas; le pape lui préféra le prince Joseph-Clément de Bavière, soutenu par le parti allemand et par l'Empereur.
En Alsace, c'étaient des difficultés d'une autre nature. Bien que bénévolement annexée, cette province ne se relevait que lentement ; on avait peine à l'organiser administrativement, à cause des entraves que continuait à y apporter le parti féo-