‹ Le Rhin dans l'histoire (volume 2)Chapitre 238 sur 250 · Cité par Jules Zbllbr, Histoire d'AUemwjne, t. I, p. xli · texte numérisé non relu

Cité par Jules Zbllbr, Histoire d'AUemwjne, t. I, p. xli

ments colossaux qui célèbrent l'écrasement de la France, — ces fables et ces monuments, dis-je, ont fanatisé le peuple allemand, toujours docile; ils l'ont, pour ainsi parler, replongé dans un bain de barbarie germaine.

Phénomène social étrange, mais attesté par les témoignages allemands eux-mêmes : avant le début de la guerre de 1914, on vit surgir des forêts du Harz et des monts de Bohême, des sorciers et des sorcières comme au temps d'Arminius et de Velléda. Le peuple grossier et superstitieux s'exalta à des prêches nocturnes, à des incantations de « Bohémiennes » , à des prédictions d'hallucinés faméliques, atteints du délire. « Durant les mois d'été qui ont précédé les hostilités, raconte un officier allemand, naguère professeur dans une ville de Thuringe, on vit sortir des bois, des hommes qui se donnaient des allures de prophètes. Par les belles nuits de clair de lune, ils prêchaient au milieu des clairières une religion singulière. De vieux mythes païens y voisinaient avec des préceptes de la Bible. Le prophète annonçait des temps mauvais, une rude épreuve pour l'Allemagne, d'horribles calamités. Le peuple germain ne s'en tirerait qu'en revenant à de très anciens rites, en acceptant tous les sacrifices, en pratiquant même les sacrifices humains. Il faut savoir se vouer aux dieux infernaux. Il faut offrir, comme nos ancêtres, du sang aux divinités inapaisées1. »

Quelle lumière projette sur les atrocités commises par les Allemands au cours de cette guerre, la révélation d'un tel fanatisme! N'en est-ce point la raison initiale? Les actes inhumains de cruauté commis par les armées allemandes n'ont-ils pas leur inspiration dans le délire de quelque Velléda ensorcelant des troupeaux de demi-sauvages? Et ne devons-nous pas trouver un écho de ce fanatisme dans l'invocation du « vieux dieu » germanique, proférée par l'Empereur allemand au début de la guerre, lui, l'inspirateur et le complice, devant l'histoire, d'atrocités pareilles à celles qu'inspiraient les Haliurunes, les « sorcières immondes » des hordes d'Attila ?

1. Cité dans l'Écho de Paris du mardi 8 juin 1915 (Billet dcJunius).

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