‹ Le Rhin dans l'histoire (volume 2)Chapitre 93 sur 250 · CHARLES VII ET PHILIPPE LE BON APRÈS L'EXPULSION DES ANGLAIS · texte numérisé non relu

CHARLES VII ET PHILIPPE LE BON APRÈS L'EXPULSION DES ANGLAIS

Frédéric III, de la maison de Habsbourg, élu Empereur en 1440, prince incapable et sans moyens d'action, laissa s'introduire dans l'Empire tous les abus et tous les désordres. Le roi de France profita de sa faiblesse, et bien qu'il eût, lui-même, à réparer dans son royaume d'effroyables désastres, on le vit, aussitôt après l'expulsion des Anglais, manœuvrer pour s'immiscer dans les affaires de la Lorraine, de la Suisse et de la Rhénanie.

Si les limites effectives de la France d'alors sont bien, comme le héraut Berry le constate, à peu près la Meuse et l'Escaut1, on est d'accord pour réclamer leur élargissement au nom du droit et de la tradition. A la cour de Charles VII, légistes, politiques, écrivains et gens de guerre reviennent à l'idée de la conquête de ces pays de Bourgogne, de Lorraine et du Rhin que la nature a séparés de l'Allemagne et qui tendent les bras à la France. Chacun rappelle qu'ils ont, jadis, relevé de la Couronne, qu'ils ont fait partie du regnum Franco/uni et qu'il est juste et légitime de les reprendre. Trois ans après le supplice de la Pucelle, en 1434, Guillebert de Metz, exaltant le beau royaume de France, écrit : « Je ne parle mie de tous les roys de

1. Aug. Longxok, Revue des Questions historiques, t. XVIII, p. 445.

France ne de leurs colateraux qui estoient roys d'Austrasie, dont le principal siège estoit à. Mes (Metz) en Lorraine, qui estoit appelée es croniques V ancienne France. » Le même chroniqueur évoque la gloire de Charlemagne, le modèle que les rois de France, ses successeurs, doivent imiter, en reprenant tous les pays qu'il a possédés : « Liège, Flandres, Haynau, Brabant, Guéries, Juliers, la haulte et la basse Bourgoingne, Provence, Savoie, Lorraine, Luchembourc, Mes, Toul, Verdun, Trêves, Gouloingne (Cologne), Maience, Strasbourc1. »

Au témoignage d'iEneas Sylvius, chacun répète, dans l'entourage du Roi, qu'il faut profiter des circonstances « pour revendiquer les anciens droits de la Couronne de France sur tous les pays situés en deçà du Rhin».'2 Le Roi déclare publiquement, en 1444, que « le royaume de France a été, depuis beaucoup d'années, dépouillé de ses limites naturelles qui allaient jusqu'au Rhin et qu'il est temps d'y rétablir sa souveraineté ».

Ainsi, les plus grands malheurs de la Monarchie n'avaient pas réussi à imposer la prescription à cette tradition constante des limites naturelles de la France, héritière de la Gaule antique. La voix des ancêtres sort de la tombe, toujours et sans relâche. Ces visées sur le pays rhénan étaient encouragées par l'état d'anarchie dans lequel se trouvait l'Empire germanique.

L'intervention de Charles VII fut sollicitée, à la fois, par l'empereur Frédéric III contre les Suisses, et par le duc de Lorraine, René Ier d'Anjou, contre les villes impériales. Le Roi se hâta de promettre sa double assistance armée. Il y trouvait l'avantage d'employer à ces expéditions simultanées les bandes guerrières, débris des Grandes Compagnies, qui tenaient garnison en France, dans diverses provinces où elles se rendirent célèbres sous le nom d'Eco relieurs. C'était le moyen de s'en débarrasser. Il fallait un exutoire à ces soudards dont on n'avait plus l'emploi, depuis la fin des hostilités et qu'on ne voulait plus continuer à payer. Comment licencier cette soldatesque ?

1. La Description de la ville de Paris et de l 'excellence du royaume de France. Paris et ses historiens, pp. 144 et 146. Cité pur Albert Soull, l'Europe et la Révolution, t. I, p. 254.

Page 1