Henri Martin, Histoire de France, t. VI, p
Il ne suffisait pas de châtier, de temps à autre, quelques chefs de bandes, comme ce terrible Robert de Sarrebruck que Charles VII, en 1441, contraignit à « crier merci1 ».
L'alliance avec Frédéric et le roi René permettait de se débarrasser des brigands de toute espèce, en les utilisant. Elle avait, en outre, pour le roi de France et pour René, l'avantage de tenir en échec la puissance si redoutable du duc de Bourgogne, Philippe le Bon. Ce dernier, essayait en ce moment, de mettre la main sur le Luxembourg et la principauté de Liège où il avait réussi à introniser comme évêque, son neveu, Louis de Bourbon, âgé de 17 ans. Philippe disait à qui voulait l'entendre, que son but était de se constituer un royaume pareil à celui du « roy Lothaire, fils de l'empereur Charles le Grand ». Il voulait restaurer l'ancien royaume de Lotharingie. Mais ce projet qui ravivait dans le pays, des souvenirs de grandeur et d'indépendance, ne pouvait être du goût de son suzerain, l'empereur Frédéric III. Ce dernier offrit à Philippe de lui constituer « un petit royaume de Brabant». Le duc de Bourgogne dédaigna le présent : il formait d'ailleurs, en ce moment même, avec l'archevêque de Trêves, un complot pour détrôner l'Empereur. Plus tard, Philippe pourra dire aux ambassadeurs du roi de France Louis XI : « Je veux que chacun sache que si j'eusse voulu, je feusse roy2. »
Contre ce redoutable vassal, Frédéric pouvait s'entendre avec Charles VII. D'autre part, le roi René, duc de Lorraine, avait besoin de son beau-frère Charles VII, contre la ville de Met/. René avait emprunté aux Messins une somme d'argent qu'il refusait de rendre, par la bonne raison qu'il était à peu près insolvable. Charles VII qui venait de conclure avec les Anglais la trêve du 28 mai 1444, fut d'autant plus heureux d'intervenir qu'il caressait avec son fils — le futur Louis XI — des projets d'annexion territoriale. Le dauphin Louis conduisit en Suisse une armée de routiers et d'Écorcheurs avec laquelle il battit les confédérés suisses auprès de Prateln, à la mala-
1. Petit-Dutmllis, Etude sur la vie et le rèijne de Louis VIII, p. 95.
2. Alfred Leroux, Nouvelles recherches, p. 208 et suiv. ; Petit-Dutaii.ms, op. cit., p. 308.
drerie de Saint- Jacques. Mais, après la paix qui fut signée, à Ensisheim, avec les Bâlqis et les délégués des autres cantons, le Dauphin répondit sans détour, aux ambassadeurs de l'Empereur venus pour le complimenter, mais qui en restèrent stupéfaits, qu'il était venu non point pour leur maître, mais « pour revendiquer les droits du royaume des Gaulois qui s'étendait jusques au Rhin », et « pour recouvrer certaines terres soumises anciennement à la Couronne de France, qui s'étaient soustraites, volontairement et frauduleusement, à l'obéissance de cette Couronne».
Malheureusement, les terribles ravageurs qui composaient l'armée française avaient indisposé les populations, si bien que lorsque le dauphin Louis réclama au duc d'Autriche, landgrave d'Alsace, les places fortes qui lui avaient été promises pour caserner ses soldats, ce dernier refusa net de les livrer. Alors, « Louis installa les Ecorcheurs en Alsace, de force. Malgré les résistances des villes, il les établit en quinze quartiers d'hiver, de Montbéliard jusqu'aux environs de Strasbourg. Ils commirent là, pendant six mois, les plus épouvantables méfaits l ». En avril 1445, l'Alsace les vit partir avec joie ; elle avait trouvé que l'occupation française n'était guère préférable pour elle à la domination autrichienne détestée.
Pendant ce temps, Charles VII, en personne, s'était porté avec une armée sur les marches de Lorraine, pour reconquérir — il ne s'en cache point — les pays de la rive gauche du Rhin qui, jadis appartenaient à la France : « Scavoir faisons, déclare-t-il le 14 septembre 1444, à tous présents et à venir, que comme puis naguère nous nous soions transportés vers les marches du Barrois et de Lorraine et vers les Alemaignes pour aucuns grants affaires touchans nous et nostre Seigneurie, et meismement pour donner provision et remède à plusieurs usurpations et entreprises faites sur les droitz de noz royaume et couronne de France, en plusieurs pais, seigneuries, citez et villes estans deçà la rivière du Rein, qui d'encienneté souloient estre et appartenir à nos prédécesseurs roys de France'2. »