L ALSACE A VOL D OISEAU
Le touriste qui descend de Bâle à Strasbourg parcourt d'abord un pays agricole où, sauf à l'horizon lointain, aucun contraste ne retient son regard : ce sont les modestes et fertiles collines de l'ancien comté de Ferrette et du Sundgau, depuis Delémont et Porrentruy jusqu'à Thann et Giromagny.
Ce « dos de pays », si célèbre dans l'histoire sous le nom de « trouée de Belfort » ou de « Porte de Bourgogne », forme une arête bombée presque droite, des Vosges au Jura, qui passe à Riervascemont, à l'est de Giromagny ; à Bréchaumont ; à Valdieu où se côtoient le canal du Rhône au Rhin et le chemin de fer de Belfort à Bâle ; à l'est de Chavonatte, de Lepuix, de Réchésy ; elle laisse loin dans le bassin du Rhône, Belfort et Délie. Les rivières, la Savoureuse de Giromagny, la Madeleine, le Saint-Nicolas, la Suarcine sont des affluents du Doubs qui les accueille aux environs de Montbéliard, pour les conduire dans le Rhône.
L'ancien comté de Ferrette (Pfirt), détaché du comté de Montbéliard en 1125, comprenait Thann, Àltkirch, Délie, Belfort, Massevaux et quelques villages de la Suisse. Le château féodal, détruit durant la guerre de Trente Ans, est aujourd'hui une ruine superbement empanachée de lierre. Il avait été construit, en partie, au xuie siècle, par Frédéric II, comte de Ferrette,
vassal de l'église de Bâle, qui, s'étant endetté, commit de nombreuses exactions et osa dépouiller son suzerain, Henri, évéque de Bâle, de quelqu'une de ses terres. Il se vit condamner pour ce fait par l'empereur à la peine du harnescar, qui consistait à porter un chien sur ses épaules, l'espace de deux lieues. C'est dans cet accoutrement que le comte de Ferrette fit, en 1232, son entrée à Bâle, suivi de tous ses vassaux, et accompagné des rires de tous les bourgeois. Il s'avança ainsi jusqu'aux portes de la cathédrale, et là, il dut se jeter par trois fois aux pieds de l'évêque pour lui demander pardon. Quand il arrivait qu'un vilain fût condamné à la même peine, c'était un soc de charrue dont on chargeait ses épaules ; les clercs portaient seulement le plus gros livre du lutrin.
A la suite du traité de Westphalie qui réunit l'Alsace à la France, en 1648, Louis XIV donna le comté de Ferrette à Mazarin pour le récompenser de l'habileté avec laquelle le cardinal avait conduit les négociations.
A peine le voyageur a-t-il atteint Mulhouse qu'il se sent captivé par l'aspect original du panorama qui se déroule devant lui ; la vallée, coupée longitudinalement par le grand fleuve, a dix ou douze lieues de large. A l'ouest, les croupes ou « ballons » de la chaîne des Vosges; à droite, le Feldberg qui domine le sombre profil de la Forêt-Noire. On descend le cours de l'Ill, qui serpente dans la plaine, parallèlement au Rhin, jusqu'au delà de Strasbourg. Au bas de Mulhouse, la rivière forme l'île Napoléon, où l'on remarque un obélisque avec l'inscription suivante : Ternie méridional d'une base de 19.0^5 mètres, mesurée sous le règne de Napoléon I", empereur des Français, pour servir à la carte de VHelvélie et à la détermination de la grandeur et de la figure de la terre. Août MDCCCJVK
Nous suivons la forêt de la Hart qui a 14.000 hectares et s'allonge efflanquée entre 1' 111 et le Rhin, sur une longueur de 32 kilomètres et une largeur qui varie de 2 à 12. Ses chétifs baliveaux servent surtout à la confection des perches pour les houblonnières ou des échalas pour la vigne. Sur sa lisière orien-