Max. de Ring, Tombes celtiques de l'Alsace, p
2. Ch. Git4u, V Alsace, pp. 306 et 372; Max. Deloche, la Procession dite de la Lu nade et les feux de la Saint-Jean à Tulle (in-4°, 18i>0).
et aux abords du col de Bramont que domine le grand Ventron.
A vol d'oiseau, il y a 40 kilomètres depuis le Ballon d'Alsace jusqu'au Honeck, point central de la chaîne vosgienne, dont l'altitude est de 1.366 mètres. Il est, lui aussi, pour les bûcherons et les schlitteurs, le rendez-vous de fêtes où l'on retrouve des traditions druidiques. Quel écolier en vacances n'en a fait l'ascension par le fameux col de la Sclilucht oit passe la route de Munster à Gérardmer ? C'est le pays des Oberlê! De là, descendent, dans quatre directions, la Meurthe, la Moselotte, la Thur qui va rejoindre l'Ill à Colmar, après une immense promenade autour du ballon de Guebwiller; enfin, la Fecht qui, grossie de la Weiss, va tout droit à Colmar à travers de hauts pâturages forestiers, des fromageries appréciées au loin, des scieries, des vignobles que les Alsaciens mettent en concurrence avec ceux du Johannisberg. Mais voici que, soudain, l'angoisse nous étreint le cœur, à Metzeral et au sommet du Linge, où trop de sang français a rougi ces riants coteaux de la Fecht et de la Weiss reconquis sur les Barbares. Nos canons sont là encore, dominant la plaine de Colmar !
En 1867, auprès de cette dernière ville, à Eguisheim, Faudel a découvert un crâne humain qui a servi, avec d'autres débris, à étudier la race paléontologique du bassin rhénan. Tout le long de la vallée de l'Ill, on a fouillé des tombes antiques dont la richesse atteste le luxe et le bien-être des habitants, à l'époque gallo-romaine. Les archéologues retrouvent aussi, dans la vallée alsacienne, des traces trop éloquentes et trop nombreuses des épouvantables ravages causés dans le pays par les reîtres allemands à la solde des Suédois et des Impériaux, aux xvie et xvne siècles. D'anciens villages incendiés, dont il n'est resté ni une maison ni un habitant, sont maintenant des champs en culture ou des coins de forêts, avec des caves remplies de squelettes. Les atrocités furent telles qu'un historien érudit de l'Alsace a pu dire — mais c'était avant la guerre actuelle — que dans ce pays, « de plus récents champs de bataille n'ont pas fait reculer dans l'ombre ceux d'il y a deux siècles et demi1 ».
1. Rodolphe Recss, l'Alsace au XVII' siècle, t. 1, pp. 109-110.
Le souvenir en est resté vivace et s'est transmis de génération en génération comme un épouvantement. On conte aussi des traits du patriotisme français des populations alsaciennes, lors de l'invasion de 1814. Par exemple, jusqu'à la création récente de la route de la Schlucht, le touriste faisaithalte, avant d'atteindre le sommet de la montagne, sous un sapin géant qu'on appelait le Livre du charbonnier, parce qu'il portait une série de larges encoches entaillées à coups de hache. Ces marques avaient été faites, en 1814, par un charbonnier qui comptait ainsi, à mesure qu'il les avait tués, les soldats de l'armée autrichienne qui envahit l'Alsace à cette époque : or, il y avait 76 encoches. De son côté, la femme du charbonnier avait empoisonné, dans un repas, avec de l'aconit, 22 Croates, pour venger l'assassinat de sa mère et de ses trois filles, perpétré par ces barbares infâmes auxquels les armées allemandes de 1914 réservaient des émules et des imitateurs1.
Les villages échelonnés sur les pentes des Hautes-Chaumes, autour des sources de la Weiss, Orbey, la Poutroye, la Baroche, le Bonhomme, Freland, Aubure, ont conservé leurs noms romans, peut-être à cause de la difficulté de leur accès.
Les cols du Bonhomme, de Sainte-Marie-aux-Mines, d'Urbeis donnent passage aux routes de Colmar et de Schlestadt à Saint- Dié ; la hauteur des cimes est désormais au-dessous de 1.000 mètres. La petite rivière d'Eckenbach, qui se jette dans l'IU auprès de Schlestadt, a marqué longtemps la limite des comtés du Sundgau et du Nordgau. Au delà d'autres croupes boisées, la Liepvrette descend du col du Bonhomme, la Bruche naît au Climont, près du col de Saales, passe au pied du château féodal de Guirbaden et se jette dans 1' 111 en amont de Strasbourg ; enfin, voici le massif imposant du Donon (1.016 mètres) et le col de Schirmeck : noms glorieux ! sol sacré, témoin de l'héroïsme de tant de fils de France dès les premières semaines de la guerre actuelle!
Tous ces pittoresques sentiers de bûcherons, de contrebandiers, de schlitteurs, voisinent aujourd'hui avec des routes