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Les noms de personnes gaulois

L'étude des noms individuels portés par les habitants de la

région rhénane dans l'antiquité conduit à la même conclusion.

Les listes des noms propres d'hommes gaulois qu'on a relevés

1. Tous ces noms figurent sur la table <le Peutinger, route de la rive gauche du Rhin (segm. I, A. B. G., 1, et II, A, 15, C1, 1) et la plupart d'entre eux sont aussi sur Y Itinéraire a" Anlonin et sur le milliaire de Tongres.

sur les monnaies, dans les textes épigraphiques et les auteurs, permettent de constater que, de toutes les provinces de la Gaule, la haute et la basse Germanie sont au nombre de celles qui en ont fourni le plus. Ils s'y trouvent en aussi grande abondance que dans la vallée du Rhône et la Narbonnaise.

Rappelons-nous, en premier lieu, les noms purement gaulois que portent les chefs trévires Indutiomarus et Cingetorix. D'autres Trévires du début de l'époque impériale s'appellent Indus et Indutillus. Tandis que le terme gaulois Indu ou Induti forme la première partie de ces noms, l'élément jnarus, « grand », qui lui est associé dans Indutiomarus, se rencontre dans une foule d'autres noms gaulois, comme Illiomarus, Solinuwus, C orna luma rus. Quant au suffixe latinisé — illus, nous l'avons dans Ccltillus, le nom du père de Vercingétorix, et dans les noms des Allobroges Abducillus et Raucillus. Une inscription funéraire d'un Gaulois de Brescia porte Joincillus ; une autre, de Bordeaux, Indercillus ; une autre, de Lengfeld (Hesse), donne Troveillus qui se lit aussi à Nîmes. Des textes épigraphiques du pays rhénan et de la Styrie ont les noms, de même terminaison, Vindillus et Vindillius.

Un Trévirê décédé en Dacie s'appelle Ibliomarus, nom qui est peut-être le même que Illiomarus qu'on trouve à Orléans et à Avignon. Les noms gaulois Solimarus, Solimara, Solimarius se rencontrent sur des inscriptions de Trêves, Mayence, Niewbach, Francfort, aussi bien qu'à Soulosse, Solimariaca (Vosges) et à Bourges. On trouve Litugenius à Luxembourg et Litugena à Narbonne. Le suffixe gaulois genus est répandu aussi bien dans les pays rhénans que dans le reste de la Gaule.

Il n'est pas besoin d'insister sur la forme gauloise du nom d'Ambio/-ix, le chef fameux des Eburons, que César eut tant de peine à réduire ; non plus que sur le nom Vassorix que fournit une inscription de Niederberschdorf, en Alsace, ou celui d'Agiomarus, père de Bella, sur une stèle de Saverne.

Novionia est un nom de femme, à Mayence, formé du gaulois Novio, qui entre en composition dans une foule de noms géographiques de toutes les parties de la Gaule, comme Noviodunum ou Noviomagus.

Bellatorix et Bellorlx sont des noms de femmes, sur des inscriptions du Rhin aussi bien que dans d'autres provinces de la Gaule. D'autres noms formés sur ce thème Bella ou Bêla, existent dans la région rhénane aussi fréquents qu'ailleurs (Belatulla, Belatulus, Bellaisis, Belatucadrus, Bellatu, etc.).

Le nom Digines se rencontre à la fois à Cologne et à Béziers. Citons encore : Divixta, nom de femme à Strasbourg, à Langres et à Bordeaux ; Divixtus, Divixtilla, à Bâle, à Yirieu-le- Grand.

Le radical loin ou Joinc entre dans la composition de Joincatius à Trêves; de Joincissius, à Bonn ; de Joincata, à Bâle; de Joincillus, à Brescia.

Le radical gaulois Seno ou Senno, si commun, entre dans la composition de noms propres des pays rhénans, comme Sennus, Sennianus, Sennocendus. De même, le radical Togi qu'on trouve dans Togirix, entre dans Togitius, fils de Solimarus, à Mayence et dans d'autres noms de la même région.

Le thème gaulois Camulo ou Camalo a formé des noms nombreux, comme Camulus, Camulogenus, Camulognata, etc., usités aussi bien dans la Rhénanie que dans la Belgique, la Celtique, la Narbonnaise.

Vlsurio et Visurix que nous fournissent des inscriptions rhénanes, ont un élément qui entre en composition dans le nom Vitousurio, à Béziers.

Nertomarus et A'ertomir, noms gaulois de la région rhénane, se rencontrent également ailleurs ; un Boien et un Eduen, notamment, portent le nom de Nertomarus. On trouve Nerta, à Bordeaux; Nertobriga, ville d'Espagne. Le gaulois Nerto parait signifier « la force ».

Adnamatus (ou Adnamtus, Adnamatius, Adnamto), se lit sur une dalle funéraire à Cologne, ainsi qu'à Castel près Mayence, à Utrecht et sur des inscriptions des musées de Bâle et de Stuttgart ; on le trouve aussi en Carinthie et sur des stèles de Gap et de Bordeaux. Il est donc répandu dans toutes les parties de la Gaule.

En gaulois, ambactos est un mot bien connu qui signifie « vassal, serviteur » ; on le trouve à la base de noms géogra-

phiques comme Anibactia, Amboise, et dans le nom d'homme Januarinius Ambacthius, sur une inscription de Zélande.

Ammacius , nom d'homme, sur un autel de la déesse Néhallenie, au musée de Leyde, est de même formation que Ammaca, fille de Superus, à Zulpich. Le même nom se trouve dans celui du fundus Ammaciacus, à Belley. C'est probablement la même racine qu'on a dans Ammausius, trouvé à Birken, sur le Vieux Rhin.

Ces exemples, choisis parmi des centaines, attestent que les habitants des provinces belges et en particulier des deux provinces romaines de Germanie, étaient des Gaulois ou des Germains gallicisés, au moins dans les classes supérieures de la société. Il n'y a point de noms germains.

De cette constatation, il appert que dans tous ces pays, comme dans le reste de la Gaule, l'élément social prépondérant était formé par la population gauloise. Elle y était la classe dirigeante, propriétaire du sol, imposant la langue officielle, gardant tous les cadres de ses institutions traditionnelles. Le troupeau germanique, formé d'esclaves ou de colons, d'artisans ou de serviteurs, lui était subordonné, ne comptait pas, restait anonyme. Il n'y avait d'exception que pour les chefs de tribus et de clans et pour tous ceux qui réussissaient à s'élever au rang social des Gaulois ou des Gallo-Romains : ceux-là prirent la langue gauloise, un nom gaulois et plus tard, un nom romain. Ici encore, nous constatons qu'ils se fusionnèrent dans la société gallo-romaine.

Disons à présent comment les noms gaulois, qu'ils fussent portés par des Gaulois de vieille souche ou par des Germains devenus néo-Gaulois (semi-Galli), se sont romanisés sous l'Empire.

3° Les noms de personnes en Gaule sous la domination romaine.

Les Gaulois furent conquis par la culture romaine aussi vite que par les armes. De même que les Germains, une fois installés en Gaule, voulurent être Gaulois, puis Gallo-Romains et s'y appliquèrent de toute leur âme, de même, les Gaulois tinrent à

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être Romains : pour eux, c'était s'ennoblir. Les Gaulois étaient fiers d'être assimilés aux Romains, d'entrer dans l'administration romaine, de devenir citoyens romains, de parler latin, de se draper dans la toge, d'être incorporés dans les légions et non plus dans les cohortes auxiliaires : on sait que, de bonne heure, ils parvinrent au Sénat et que sous Claude déjà, on disait que l'assimilation de la Gaule à l'Etat romain était complète.

Il serait superflu d'insister, ici, sous ce point de vue, mis en lumière par tous les historiens et qui rappelle la conquête morale de Rome par la Grèce vaincue; remarquons cependant que l'une des conséquences de cette attitude et de cet état d'esprit des Gaulois, aussi bien dans les provinces rhénanes que dans les autres, fut que, pour se plier plus vite aux exigences de l'état social et de l'administration romaine, non seulement ils voulurent parler latin, mais ils latinisèrent leurs noms.

A l'époque de l'indépendance, les Gaulois n'avaient ni prénom ni nom de famille ou gentilice, mais seulement un nom personnel auquel, en cas de chance de confusion, on joignait occasionnellement un surnom ou le nom du père au génitif : un tel fils d'un tel, « Vercingétorix, fils de Geltil ». D'Arbois de Jubainville cite les exemples suivants: Licnos Contextos ; — Andecamulos Toutissi-cnos, « Andecamulos, fils de Toutissos ».

Quelquefois, on supprime le mot cnos, « fils », en laissant le nom du père au génitif : Doiros Segomari, « Doiros, fils de Segomaros 1 ». Citons encore: Combaromarus Buolani fîlius, et le nom de femme, Camulognata Coici jilia "2. Dès le début de l'époque romaine, les Gaulois romanisent leurs noms. On connaît de nombreux personnages qui ont des noms purement gaulois et dont les fils ou petits-fils ont, au contraire, des noms purement romains. En voici un exemple emprunté au pays des Médiomatrices. Il nous est fourni par une stèle funéraire trouvée dans la forêt de Neuves-Granges (canton de Lorquin). Dans la partie supérieure, on voit les bustes de trois personnages gaulois ou gallo-romains, Cantognatus, l'aïeul ; Sacco-

1. D'Arbois de Jubunville, Recherches, p. 129; C. Julliam, Histoire de la Gaule, t. II, p. 402.

2. E. Baisuloîn, le Trésor d'argenterie de Berthouville, p. 137.

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raainos, le père, et Saccetius,le fils. Un autre Gaulois, Bellator, fils de Bellatullus, leur est associé. Tous ont des noms gaulois. Enfin, leur héritier ou parent, qui a élevé ce monument à ses ancêtres, est devenu, lui, tout à fait romain; il s'appelle Sanctus et il n'a plus de nom gaulois 1 .

Voilà, prise sur le fait pour ainsi dire, la romanisation de la Gaule rhénane. Sous ce rapport comme sous tous les autres, elle fat universelle et rapide. Un phénomène singulier qui a étonné bien des historiens, c'est de constater que, sous l'empire romain, presque tous les Gaulois qui sont connus historiquement portent des noms latins, même ceux qui sont des révoltés contre Rome, tels que l'Eduen Julius Sacrovir, les Trévires Julius Classicus, Julius Indus, Julius Tutor, Julius Valentinus ; le Lingon Julius Sabinus ; le Batave Julius Civilis ; le Ménapien Pompeius Junius ; citons aussi les noms de femmes gauloises, Domitia, Prudentia, Primulia Saturna2; une femme ubienne s'appelle Glaudia Sacrata3. Les inscriptions nous fournissent par centaines de semblables exemples. En même temps, on constate que les noms gaulois deviennent chaque jour moins nombreux.

Les règles de la romanisation des noms gaulois ont été formulées par d'Arbois de Jubainville qui a reconnu les quatre procédés suivants.

1° Parmi les Gaulois, les uns prennent aux Romains les trois éléments onomastiques par lesquels ils voulaient distinguer leur personnalité : prénom, nom ou gentilice et surnom sont tous trois romains. Dans ce cas, des renseignements historiques seuls permettent de les distinguer des Romains établis en Gaule. Par exemple: G. (?) Julius Florus, de Trêves, révolté gaulois de l'an 21 de notre ère; — C. Julius Vindex, Aquitain révolté sous Néron, en 68 ; — M. Aurelius Maternus, Trévire; — L. Vicarinius Lupus ; — C. Secundinus Adventus ; — T. Julius Priscus ; — L. Gassius Verecundus : ces derniers noms relevés dans des inscriptions rhénanes.

1. A. Gkenier, Habitations gauloises et villas latines, p. 91.

2. Fustel dr Coula-nges, Histoire des Institutions, t. I, p. 100. à. Tacite, Hist., V, 22.

2° D'autres Gaulois empruntent aux usages romains un prénom et un surnom; ils se font un gentilice avec leur nom gaulois, en y ajoutant la désinence ius{ : L. Carantius Atticus; — M. Carantius Macrinus ; — L. Carantius Gratus (du gaulois Carantos).

3° D'autres fois, le prénom et le gentilice sont romains, et le surnom est gaulois : Cn. Pompeius Trogus (gaulois Trogus); — C. Valerius Caburus (gaulois Cabanis). Ces personnages adoptent le prénom et le nom de leur bienfaiteur : ce sont des affranchis.

4° Enfin, il est des cas où le prénom seul est romain ; le gentilice et le surnom sont gaulois avec une terminaison latine : C. Commius Bitutio ; — Q. Solimarius Bitus ; — L. Carantius Cinto ; — Sextus Nertomarius Nertonius.

Il est à peine besoin d'ajouter que les règles romaines de l'affranchissement étaient appliquées en Gaule comme dans toutes les provinces de l'empire et qu'un affranchi, gaulois ou germain, prenait vis-à-vis de son patron la dénomination de libertus : nous l'avons constaté par la monnaie qui porte la légende : Germanus Indutilli libertus. Ce personnage n'a point de prénom ; d'ailleurs, il est l'affranchi d'un Gaulois; mais d'après la règle romaine, constamment appliquée dans la région rhénane, le prénom et le nom de l'affranchi sont ceux de son patron; il n'a en propre que son cognomen qui est généralement son ancien nom d'esclave, parfois avec une terminaison latine.

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