‹ Le Rhin dans l'histoireChapitre 133 sur 211 · C. Julli.vn, Histoire de la Gaule, t. H, p. 368 et suiv · texte numérisé non relu

C. Julli.vn, Histoire de la Gaule, t. H, p. 368 et suiv

Ambitarvius (aujourd'hui Konz ou Henten, près Zerf), nom d'un viens des environs de Coblence, où Pline place le lieu de naissance de Galigula ; formé de l'élément Ambi qu'on retrouve dans le nom d'Ambigat, des Ambiant (Amiens), des Ambivareti et d'une foule d'autres noms gaulois, et de l'élément tarvos qui entre dans les noms: Tarvanna (Thérouane), Ta/va (Tarbes), Tarvisium (Trévise).

Antunnacum, aujourd'hui Andernach, sur le Rhin, entre Coblence et Remagen, formé du nom d'homme Antunnos et du suffixe gaulois ac {acus) qui désigne l'appartenance : « propriété d'Antunnos ». Ce fut sans doute, à l'origine, un fundus particulier, qui devint une ville dans la suite des temps.

Argentoratum ou Argenlorate, Strasbourg, « forteresse d'Argentos » ou mieux « d'Argantos ». Ce nom gaulois, qui paraît dès le début de la domination romaine, a de nombreux similaires formés sur le même thème, avec des suffixes variés (Argentan, Argentay, Argentré, Argentat, Argenteuil, etc.)1. Le nom Strateburgum n'est pas antérieur à l'époque mérovingienne.

Argentovaria, Horbourg, près Colmar, ville des Rauraques.

Batavodurum, Bois-le-Duc, « forteresse des Bataves ».

Bonconica, Oppenheim (dans la liesse).

Bondobriga, Boppart, « château de Bondos ».

Bonna, Bonn; ce nom gaulois entre en composition dans d'autres noms comme Augustobona (Troyes), Juliobona (Lillebonne), Vindobona (Vienne).

Borbetomagus, Worms, la capitale des Yangions.

Brocomagus ou Breucomagus, Brumath, la capitale des Triboques.

Caraduniun, Carden, près Coblence.

Ditiagus ou Disiacus, près de Wissembourg ; le même nom a formé Dizy (Marne) et d'autres analogues, en Gaule.

Deuso(n), Diviso(n), Divitium, Deutz, en face de Cologne; comparez le nom de chef gaulois Dwitiacus, et le surnom de l'Hercule Deusoniensis.

1. Il est possible que le mot argentum soil, à la base de tous ces noms et se rapporte originairement à une exploitation de mine d'argent. Cf. Jl'llian, Histoire de la Gaule, t. I, p. 77, note 2.

Divodurum, Metz.

Dumno, station près Bingen (Kirschberg ?) ; comparez le nom du chef gaulois Dumnorix .

Durnomagus, Dormagen, entre Cologne et Neuss, « champ de Durnos ».

Ecorïgium ou Icorigium, Junkeradt, entre Trêves et Cologne; comparez Icoranda, Igoranda (Ingrande).

Eponiacum, Eppenich, près d'Aix-la-Chapelle, nom formé sur celui de la déesse gauloise Epona.

Juliacus, Juliers, « propriété de Julius ».

Lugdunum Batavorum, Leyde; le nom de Lugdunum est celui d'un grand nombre de localités de la Gaule.

Marcomagus, Marmagen, entre Trêves et Cologne.

Materna (?), Maderna, Matrona, nom probable de la Moder; le nom de cette rivière se retrouve dans celui du peuple gaulois des Medio-matrici. Le nom de la Marne est aussi Matrona.

Mattiacum, Wiesbade, sur la rive droite du Rhin, la capitale des Mattiaques.

Mettis, Metz. Le nom Mettis est, d'après d'Arbois, le datif pluriel du gentilice Mettius ; il a été substitué à celui de Divodurum vers la fin du ive siècle.

Mogontiacus, Mayence, nom dérivé peut-être d'un gentilice romain, Mogontius, avec addition du suffixe gaulois latinisé acus. Mais on connaît aussi la déesse gauloise Mogontia, parèdre d'un dieu Mogont(us).

Nava, la Nahe, qui se jette dans le Rhin, près de Bingen ; le même nom, Néhe, est donné à la rivière de Dax (Landes). Ce nom, sous la forme Neha, au pluriel Nehœ, entre dans la composition d'un grand nombre de noms de divinités locales de la région rhénane, par exemple, les déesses-mères Rumanehse, Vacallinehœ, Veterane/iœ, Aserecinehœ, Vesunia/ienœ, etc. La déesse Nehallenia dont nous avons déjà prononcé le nom, et dont on a retrouvé un autel dans l'île de Walcheren, aux bouches de l'Escaut, rentre dans le même groupe de noms gaulois. En France, outre la Néhe de Dax, les nombreux noms comme Nehou, Nao ou Anao, Nées, Néez, Nez, Nay, Naives, Nayve, etc., se

rattachent à la môme racine; d'où il résulte que l'origine celtique du nom de la Nahe ne saurait être mise en doute. Les efforts des érudits allemands pour en faire un nom d'origine germanique ont pitoyablement échoué l.

Nemetes, nom du peuple qui forma plus tard, au moins en partie, l'évêché de Spire; on dit ce peuple d'origine germanique, comme les Triboques et les Vangions. Cependant, son nom est celtique ou gaulois. Nemetos, en gaulois, signifie « temple » ; il est employé aussi comme nom d'homme. On le retrouve dans des noms comme Nemetodurum (Nanterre), Nemetacum (Arras); et même, en gallois, sous les formes Nimet, Nevet. Dès lors, les Némètes ne seraient-ils pas une ancienne tribu celtique engagée dans les hordes d'Arioviste ?

Novassium, Neuss, sur la rive gauche du Rhin, en face de Dusseldorf.

Noviomagus, Spire, chez les Némètes ; Nimègue ; Neumagen, entre Trêves et Mayence; c'est aussi le nom de Noyon; commun en Gaule, il parait signifier « le nouveau champ » et avoir été donné à des bourgs installés sur des terres récemment défrichées.

Ricciacus (Ritzingen), station entre Trêves et Thionville, « propriété » ou « domaine de Riccius ».

Rigomagus, Remagen, sur le Rhin; c'est le même nom que celui de Riom (Cantal), de Riom (Puy-de-Dôme); Rigo entre dans le nom de Rueil, Rigoiolum, près Paris.

Saletio, Seltz, comme Salicetum, « lieu planté de saules ».

Salodurum, Soleure (Suisse), « forteresse de Salos ».

Sentiacum, Sinzig, près Coblence, nom dérivé du gentilice romain Sentius.

Tarodunum, Zarten, dans le grand-duché de Bade. Le nom gaulois Taro se retrouve dans Dejot-aros, Rrogl-taros, et dans Tarusco (Tarascon).

Vindonissa, Windisch (Suisse), nom formé sur Vindonius, comme Vendenesse (Saône-et-Loire), etc.

Vosolvia, Ober-Wesel.

1. C. Jullia.m, lievue des Éludes anciennes, t. 111, juillet sept. 1901, pp. 211-212.

Un des éléments verbaux qui entre souvent en composition dans la formation des noms de lieux et sur lesquels on a le plus disserté, est celui de briga, auquel on assimile bria et brium et même brica et briva. Ce terme qui a donné son nom à notre pays de Brie, se retrouve, tantôt au commencement, comme dans le nom du peuple des Brigantes, en Grande Bretagne, celui des villes de Briançon, de Brivodurum (Briodurum) et celui des rivières appelées Briante; tantôt, comme élément terminal, par exemple, le peuple des Ségobriges, Admagsto briga, Nemetobriga, Domnobriga, Bonobriga, Litanobriga, Sodobria, Sadebria, Donobrium, Vedenobrium, etc. Ces noms, surtout ceux de la dernière catégorie, sont extrêmement répandus en Gaule, en Grande-Bretagne, en Espagne et dans les autres régions où a essaimé la race celtique, comme en Thrace, où l'on AMesembria, Selymbria, Paltuobria, et même jusqu'en Galatie où nous trouvons Ecobria. Or, il existe de tels noms en Prusse rhénane et en Bavière, ainsi que chez les Médiomatrices1. Quelles que soient les objections qu'on puisse faire à l'assimilation hypothétique des éléments briga, bria, briva, brica; quel que soit le sens de ces mots (château, pont, colline ?) ; qu'ils soient, enfin, ligures ou celtiques, il est bien certain qu'ils n'ont rien de germanique et que les localités, peuples ou rivières qui les portent, dans le pays rhénan, n'ont pas été baptisées par les Germains.

Nous avons, comme on le voit, introduit parmi ces exemples, des noms gaulois antérieurs à l'époque romaine et quelques autres qui ont été formés seulement après la conquête. Cette nomenclature pourrait être singulièrement développée. Il résulte de là, avec évidence, que la toponymie géographique de toute la rive gauche du Rhin est ligure, celto-gauloise ou romaine et non point germanique. Après avoir remarqué que la Gaule Belgique des Tables de Ptolémée ne nous donne partout que des noms gaulois, Ernest Desjardins ajoute :

« Si nous descendons le cours du Rhin, nous ne rencontrons, même dans les itinéraires rédigés longtemps après Tacite, que

1. G. Juli.ian, Revue des Études anciennes, t. VIII, janvier-mars 1900, p. 48, note 3.

des noms gaulois, variés, de loin en loin, par ceux des fondations romaines et de quelques vocables germaniques résultant d'établissements postérieurs à César : Tenedo, Vindonissa (Windisch), Cambcs (Kembs), Argentovaria (Horbourg-Colmar), Argentoratum (Strasbourg), Brocomagus (Brumath), Noviomagus (Spire), Borbitomagus (Worms), Bonconica (Oppenheim), Mogontiacum (Mayence), Bingiam (Bingen), Vosolvia (Ober-Wesel), Baudobriga (Boppart), Antunnacum (Andernach), Bicomagus (RemVigen)yNoi>eesiuni (Neuss), Marcomagus (Marmagen), Bonna (Bonn), Asciburgium (Asberg-Duisbourg), Burginacium, Noviomagus encore (Nimègue), Caspingïum, Blariacum (Blerick1). Ainsi, à ne considérer que les noms de la ligne rhénane, noms qui, pour la plupart, n'apparaissent qu'assez tard dans la période impériale, on se croirait en pleine Celtique. Cette observation s'applique, à plus forte raison, à toute l'onomastique belge au temps de la conquête. »

Concluons de ces observations multipliées que les Germains qui sont venus se fixer sur la rive gauche du Rhin, à diverses époques, n'en ont jamais chassé les habitants. Ils ont trouvé dans ce pays des populations organisées, sédentaires, ayant des villes et des bourgs dont ils ont respecté les noms, comme ils ont adopté les vocables des rivières et des accidents du sol, qui ainsi, à travers les siècles sont demeurés gaulois. Loin de germaniser l'onomastique régionale du pays rhénan, les Germains, en s'y établissant, n'ont fait, à ce point de vue comme sous tous les autres, que s'infiltrer dans l'organisation sociale gauloise et gallo-romaine.

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