César, Bell. Gall., VI
Certains peuples germains ont des rois ; parfois, deux ou trois frères régnent à la fois. D'autres, ont des chefs auxquels les Romains donnent simplement le rang de princes {principes). Rois et princes sont élus et choisis parmi les membres des familles nobles. Quand ils ne sont pas en expédition guerrière, les hommes vont à la chasse, pendant que les femmes et les vieillards labourent et ensemencent quelques champs et font la cueillette des fruits. Les familles des hommes libres se groupent autour de celles de l'aristocratie et forment la clientèle des nobles.
Voilà quelques traits caractéristiques du Germain transrhénan, tel que les Romains l'ont toujours connu, depuis Jules César jusqu'à la fin des temps antiques. Quel contraste avec l'habitant de la rive gauche du Rhin, devenu Gallo- Romain, assimilé aux Romains eux-mêmes, encadré dans la société galloromaine !
Le chef de l'Etat romain, l'Empereur, s'était réservé le commandement direct des armées du Rhin et le gouvernement de la Gaule chevelue. En son nom, pendant son absence, des légats [legati Augusti) étaient placés directement par lui, à la tête de ces armées, toujours sur le pied de guerre.
S'il n'y avait point de villes, mais seulement des prœsidia militaires sur la rive droite du Rhin, la rive gauloise, au contraire, en est jalonnée, et chaque jour ces villes, reliées par de belles routes, s'agrandissent et prospèrent. Augst,Mayence, Coblence, Cologne, Trêves et bien d'autres, s'embellissent de magnifiques constructions, forum, basiliques, curie ou palais des assemblées sénatoriales, temples, théâtres, amphithéâtres pour 30 ou 40.000 spectateurs comme celui de Trêves, thermes somptueux et vraiment colossaux, fontaines, statues sur les places publiques, portes, tours et remparts bastionnés ; boutiques de commerçants, marchés animés, paysans et soldats plein les rues ; et dans les campagnes, routes pavées et admirablement entretenues, canaux, aqueducs et ponts, si solidement construits qu'ils ont défié les injures des siècles et subsistent encore là où la violence et la méchanceté des Germains ne les ont pas endommagés.
Dans toutes les villes, les ouvriers de divers métiers sont constitués en corporations ou collèges, potiers, chaudronniers, corroyeurs, tanneurs, teinturiers, boulangers, orfèvres, charpentiers, joueurs de flûte, médecins, bateliers. Ce sont les collegia opificum. Partout aussi, des confréries religieuses, sur le modèle des collèges romains. Le long des rues s'alignent les boutiques {tabernœ) avec enseignes, dans lesquelles sont étalagées les marchandises, comme à Pompéi.
Dans les campagnes, outre les villse et les exploitations rurales dont nous avons parlé, il y avait de nombreux établissements industriels, tels que les poteries de Saletio (Seltz), de Tabernœ (Rheinzabern) et de Westerndorf ; les fabriques de bijoux et d'armes iïHellelus (Eli) ; des fabriques d'armes, d'ustensiles de cuisine et d'instruments aratoires, des verreries, des salines, des mines de métaux. Tel est l'aspect général que présentaient les pays rhénans, dans la paix romaine, en regard du néant germanique : outre les témoignages littéraires et épigraphiques, les vitrines de nos musées en font foi.
On sait qu'au début de la domination romaine, parmi les cités de la Gaule, les unes étaient sujettes ou tributaires : ce sont celles qu'il avait fallu conquérir par le fer et le sang, assiéger et garder par la force ; elles furent durement traitées, surtout au point de vue de l'impôt : c'est le cas de la plupart des cités de la Gaule Belgique. Les autres sont cités libres ou exonérées ; la cité des Trévires et celle des Nerviens étaient dans ce cas ; elles jouissaient, à ce titre, d'un certain allégement des charges fiscales. Enfin, il y avait les cités fédérées, c'est-à-dire traitées par Rome comme « amies et alliées », parce qu'elles n'avaient jamais combattu les Romains : c'était la situation des Rèmes, des Lingons, des Éduens, des Helvètes l.
Quelle que fût leur attitude au moment de la conquête et leur origine ethnique, tous les Gaulois rendent à l'empereur, sans arrière-pensée, les hommages qui lui sont dus, d'abord collectivement, à Lyon, la capitale, au sanctuaire national du Confluent, où son nom est associé à celui de Rome. En outre, des