‹ Le Rhin dans l'histoireChapitre 179 sur 211 · Lugdunensis secunda, chef-lieu Rotomagus (Rouen · texte numérisé non relu

Lugdunensis secunda, chef-lieu Rotomagus (Rouen

8. Alpes Graiœ et Pœninœ, avec deux chefs-lieux : civitas Vallensium Octodurum (Martigny) et civitas Ceulronum Darantasia (Moutiers-en-Tarentaise) .

D'origine impériale par sa mère qui était une nièce de Claude le Gothique, esprit cultivé et soldat courageux, Constance Chlore s'était distingué, dès 274, sous Aurélien, en infligeant une défaite aux Alamans, auprès de Yindonissa : c'est lui qui fut chargé de la garde du Rhin et du gouvernement de la Gaule.

A peine investi de la dignité de César, Constance Chlore court à Boulogne ; il y surprend et oblige à se rendre les troupes de Carausius : c'était au printemps de 293. Vers le 1er mai, il dirige une expédition vers les bouches de l'Escaut, de la Meuse et du Rhin, chez les Morins, les Ménapiens, les Bataves et les Frisons. Il pourchasse les Francs dans les marais, entre le Vahal, le Rhin et le lac Flevo (Zuiderzée). Les nombreux prisonniers qu'il fait sont employés à la construction de nouvelles forteresses et au défrichement du sol inculte. Plus que Probus et tous ses prédécesseurs, dans le but de repeupler la Gaule et de se procurer des soldats, Constance Chlore pratique à l'égard des Francs la politique d'assimilation et d'introduction dans l'empire.

Au lieu de les faire massacrer ou de les obliger à rejoindre les fugitifs en Germanie, où ils eussent continué, par leurs assauts renouvelés et leur turbulence, à inquiéter les frontières de l'Empire, il considéra que le vœu de tous les Germains avait

toujours été de franchir le Rhin et de s'établir en Gaule, et qu'une fois fixés en Gaule, ils avaient contribué à empêcher d'autres Germains de faire comme eux. Constance Chlore fit donc de ses prisonniers, des colons qu'il établit en Gaule, soit sur Vager publicus, soit qu'ils fussent pris à gages, comme colons ou comme esclaves, par les propriétaires gallo-romains. « Le Chamave et le Frison labourent pour moi », dit, en 296, un panégyriste de Constance Chlore, « et grâce à tes victoires, César invincible, les parties inhabitées des territoires d'Amiens, de Beauvais, de Troyes, de Langres, reverdissent par le travail du laboureur barbare l. »

Le même panégyriste de Constance Chlore nous représente les portiques des cités encombrés de prisonniers barbares, d'esclaves, qu'on installe en Gaule pour cultiver la terre : « Les hommes s'agitent, partagés entre la surprise de la défaite et leur naturelle fierté; les vieilles mères témoignent aux fils, les jeunes femmes aux maris, le mépris que méritent les lâches; mais les jeunes garçons et les jeunes filles, réunis dans les mêmes chaînes, parlent familièrement à demi- voix sur un ton différent. Prince, vous les avez partagés entre les habitants de vos provinces , ils vont servir ces maîtres, et ils attendent qu'on les conduise aux solitudes qu'ils doivent cultiver2. »

Tandis que Constance Chlore combattait en Bretagne contre Garausius et Allectus, Maximien Hercule vint le remplacer sur le Rhin; il releva quelques castella du limes, purgea de Barbares les environs du lac de Constance, répara les murs de Vintodurum (Winterthur). Cela n'empêcha point une grande invasion d'Alamans, dans les dernières années du me siècle, probablement en 298. Franchissant le Rhin, les Barbares pénètrent dans les plaines du bassin de l'Aar et, par la trouée de Belfort, s'avancent jusqu'auprès de Langres, en une marche si rapide qu'ils faillirent enlever Constance Chlore lui-même. « Celui-ci, résume Duruy, n'eut que le temps, tout blessé qu'il était, de se faire hisser avec des cordes sur le haut du rempart. Des troupes

1. Cité par Fustel de Coulangks, Recherches sur quelques problèmes d'histoire, p. 49; D'Aiibois, Recherches sur les origines de la propriété foncière, p. 106.

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