CONSTANTIN ET SES FILS
Les expéditions contre les Francs recommencèrent sous Constantin le Grand. Dès la fin de l'été de 306, leurs chefs, Ascarie et Mérogaise, avaient violé la frontière. Constantin passe le Rhin, extermine des bandes de Bructères, fait prisonniers les rois Ascarie et Mérogaise, qui sont livrés aux bêtes féroces dans l'amphithéâtre de Trêves. Comme sanction à cette heureuse campagne, Constantin jette les fondations d'un pont en pierre sur le Rhin à Cologne et il augmente la flottille chargée d'empêcher les pillards de traverser le fleuve.
Deux ans après, une nouvelle expédition contre les Barbares était devenue nécessaire. Constantin l'entreprit, de concert avec Maximien Hercule qui vint le rejoindre à Trêves. Au retour, ce dernier alla s'installer à Arles, où il ne tarda pas à fomenter des troubles et à conspirer contre son gendre; en 310, Maximien Hercule n'échappa que par le suicide à la légitime vengeance de Constantin qui fit condamner la mémoire de son turbulent beaupère. Ces événements amenèrent Constantin à répudier le culte d'Hercule, qu'il tenait de Maximien, pour adopter celui d'Apollon-Soleil qui était celui de ses ancêtres directs. Cette répudiation eut lieu solennellement, à Trêves, au mois de juillet 310.
Constantin rentrait alors d'une nouvelle expédition qu'il avait dû entreprendre, au delà du Rhin, contre une coalition de Bruc-
tères, de Ghamaves, de Cliérusques, de Tubantes et d'Alamans. De grandes fêtes eurent lieu pour célébrer ses victoires. L'empereur se rendit en pompe solennelle au temple d'Apollon, le dieu tutélaire de sa famille : Apollo tuus, lui dit l'orateur qui prononça le panégyrique officiel. A dater de ce jour, Apollon- Soleil devint le patron de Constantin et son compagnon mystique : Apollini comiti, lit-on sur les monnaies qui substituent les types apollinaires aux types herculéens. Pour flatter l'empereur, on dresse partout des autels où l'effigie de Constantin est accompagnée de celle du Soleil, son ancêtre : tous les deux dirigent et éclairent le monde, de concert : Rector totius orbis, disent encore les légendes monétaires.
Constantin affectionnait sa ville de Trêves, d'où il surveillait, comme d'un poste central, les odieux Germains d'outre-Rhin. Il en restaura les murailles; il y construisit un cirque, des basiliques, un forum, un prétoire. On y voit encore l'immense édifice de briques qui fut son palais et qui est devenu une caserne. Ces embellissements furent consacrés par la frappe, dans l'atelier de Trêves, d'un magnifique médaillon d'or qui représente une vue perspective de cette belle capitale de la Gaule romaine. On y voit la porte principale de la ville, probablement la Porta nigra dont il reste encore des ruines grandioses; sur l'image monétaire, elle est flanquée de grosses tours crénelées au-dessus desquelles plane l'image tutélaire de Constantin; de chaque côté de la baie, des captifs germains enchaînés, et sur le devant, un pont sous lequel roulent les flots de la Moselle.
En 313, nouvelle expédition contre les Francs; à cette occasion furent émises les premières pièces d'or à la légende FRANCIA, qui représentent la nation des Francs, sous les traits d'une femme en deuil, assise au pied d'un trophée d'armes barbares. Après les Francs, Constantin, remontant le Rhin, infligea une nouvelle défaite aux Alamans. On institua dans tout l'empire, pour célébrer ces succès, les Jeux Franciques et les Jeux Alamaniques. Continuant la politique de Probus et de Constance Chlore, Constantin installa en Gaule, pour y défricher les forêts, des tribus entières de Germains. L'orateur Eumône, dans son panégyrique de Constantin, s'exprime à ce sujet en ces
termes dithyrambiques qui rappellent ceux du panégyrique de Constance Chlore : « Vois ce Chamave; il laboure pour moi. De pillard, il s'est fait travailleur. Il amène ses moutons à nos marchés, et grâce à ses récoltes, nous voyons baisser le prix du blé. Puis, l'appelle-t-on au recrutement, il accourt. Il se plie à tous les services. A-t-il mérité une punition, ses épaules reçoivent les coups. Sous le nom de soldat, c'est un vrai serviteur et heureux de l'être1. »
De 317 à 320, Constantin est, tour à tour, dans le haut-Rhin et sur le Danube; il s'installe ensuite à Aquilée,pour surveiller les routes des invasions et procéder à des réformes générales intérieures dont la principale est celle des monnaies. Il envoie pendant ce temps, son fils aîné, Crispus, veiller à la garde du Rhin. A la suite de succès remportés par ce jeune prince dans l'automne de 320, on frappe des sous d'or à la légende ALA- MANNIA DEVICTA, qui représentent l'Alamanie vaincue, douloureusement affaissée au pied d'un trophée.
Constantin lui-même combat les Sarmates, sur le Danube, et tue leur roi Rausimond. Des troupeaux de Vandales, de Goths et de Sarmates prisonniers sont répartis comme colons dans diverses provinces : « Nous sommes prêts, répètent les Barbares, si c'est la volonté de l'empereur, à vivre dans les limites de l'Empire et à occuper un district aussi éloigné qu'on voudra; désormais tranquilles, nous serons voués au culte de la paix, comme d'une divinité bienfaisante, et nous accepterons les charges et même le nom de tributaires2. »
Tous ces succès de Constantin et de ses trois fils donnèrent prétexte, suivant l'usage, à la frappe des médailles qui exaltent le courage du prince et portent la légende: Debellatori gentium barbararum. A cette époque, les victoires germaniques, gothiques, sarmatiques se renouvellent chaque année, comme les incursions qu'elles répriment, mais dont elles ne tarissent pas la source.
L'historien en est vraiment rebuté. C'est trop de vertu guerrière
1. Eumène, Panéyyr., V, 9; cité par Fustel de Collanges, Histoire des Institutions, t. II, pp. 466-467.