Ammie> Mabcelun, XIX
LA GA.RDE DU RHIN DU II9 AU IVe SIECLE 401
dépensée en vain, trop de gloire, trop de lauriers pour la conquête d'une paix insaisissable. A quoi bon cette fastidieuse nomenclature de victoires sans résultat ?
Constantin séjourna à Trêves, pour la dernière fois, dans l'hiver de 328-329; il partit de là pour la Dacie, puis pour Constantinople, la nouvelle capitale de l'Empire qu'il venait de fonder, afin d'être mieux à portée de protéger contre les Barbares le bas Danube et tout l'Orient. En 332, son fils, le futur Constantin II, franchit le Danube, écrase les Goths et force leur roi Ariaric,à fournir à l'Empire 40.000 soldats. Deux ans après, plus de 300.000 Sarmates sont répartis dans diverses provinces de l'Empire. Par ces mesures jusqu'à la mort de Constantin, en 337, la frontière du Rhin jouit d'une relative tranquillité.
Les années 341 et suivantes, sous le règne de l'empereur Constant, furent troublées par de nouvelles incursions des Francs. Après en avoir eu raison, et conduit une expédition en Bretagne, Constant vint s'installer à Trêves où il prolongea son séjour jusqu'en 346.
En janvier 350, il était à une partie de chasse, aux environs d'Autun, lorsqu'il apprit que le chef de ses gardes, le Franc Magnence, venait ,avec la complicité de l'intendant des finances Marcellin, de soulever l'armée. Constant, obligé de prendre la fuite, se suicida. Alors, d'autres empereurs surgissent sur divers points de l'empire ; et aussitôt, les Barbares sortent avec plus de hardiesse de la mystérieuse Germanie. Francs, Saxons, Alamans franchissant le Rhin, s'emparent de quarante villes les plus voisines du fleuve. Trêves elle-même tombe aux mains des Germains et son atelier monétaire dut être momentanément transféré à Amiens. Accouru de l'Orient, Constance II parvint enfin à renverser Magnence et Décence; puis, au printemps de 354, il entreprit une nouvelle guerre contre les Alamans dont les rois, Gondomar et Vadomar, semaient la terreur dans la Gaule de l'est.
L'empereur partit d'Arles et établit à Chalons le camp de concentration de son armée. Mais le ravitaillement des troupes fut rendu difficile par une crue exceptionnelle des fleuves et des rivières ; il y eut des murmures, même des explosions de colère
Le Rhin dans l'histoire. — I. 26
chez les soldats. Enfin, avec l'arrivage des convois, l'effervescence se calma. Par Langres, on atteignit le Rhin, auprès de Bâle encore couverte de neige. Les Alamans se montrèrent en masses, de l'autre côté du fleuve et empêchèrent les Romains d'établir un pont de bateaux. Un guide, heureusement, indiqua un gué dont on devait se servir la nuit prochaine; c'était sur un point éloigné qu'il importait de cacher à l'ennemi. Mais plusieurs Alamans qui servaient dans l'armée romaine, Latinus, comte des domestiques, Agilon, grand écuyer, et Scudilon, chef des scutaires, avertirent leurs compatriotes. Ce fut alors que les Barbares, loin de profiter de l'indication des traîtres, furent pris de peur et se décidèrent à implorer la clémence impériale. Constance accepta la soumission des Alamans qui s'engagèrent à fournir des auxiliaires à l'armée romaine. « Le traité, dit Ammien, fut conclu suivant les rites nationaux des deux nations ' . » L'empereur partit pour Milan.
Mais que valait cette paix, avec des Barbares décidés à la violer, à la première occasion ? Quelques mois après, en effet, il fallut, à Constance, entreprendre une autre expédition contre les Alamans, sur le haut Danube, en Vindélicie, aux environs de Linz. Ammien racontant que Constance vint alors établir son quartier général en Rhétie, fait une description détaillée des sources du Rhin qui a, dit-il, des cataractes comme le Nil, avant de déboucher dans le lac de Constance sur le bord duquel les Romains, jadis, avaient tracé une route.
En 355, Cologne fut le théâtre de Péchauffourée qui fit du Franc Silvainun empereur, pour quelques jours. Ce Barbare était dévoué à Constance, mais l'une de ses lettres, maquillée, et des menées perfides le firent traiter en suspect. Irrité, Silvain fit appel aux Francs de son armée et « s'affublant, dit Ammien, de lambeaux de pourpre arrachés aux étendards et aux enseignes (dracones), il se proclama empereur ». Un des conseillers de Constance, Urciscin, fut envoyé à Cologne auprès de Silvain pour le tuer.
Urciscin feignit de prendre le parti du nouvel Auguste ; peu