‹ Le Rhin dans l'histoireChapitre 184 sur 211 · JULIEN L APOSTAT · texte numérisé non relu

JULIEN L APOSTAT

Le 1er décembre 355, Julien quitta Milan, avec une escorte de 350 soldats. Après une traversée des Alpes, favorisée par une température presque printanière, il arriva à Vienne un mois après, le 1er janvier 356. Tout de suite, il reçut la dignité consulaire, au milieu des acclamations de la foule ; il rassembla une armée ; enfin, le 24 juin, il entrait à Autun, juste à temps pour empêcher que la ville ne tombât aux mains des Barbares.

Julien fut fêté comme un libérateur. D'Autun, il partit pour Reims où il tint un conseil de guerre qui décida de marcher sans retard sur le Rhin, pour délivrer Cologne. En route, il fallut combattre partout, car partout se trouvaient embusquées des compagnies de ravageurs au travail. Des bandes, mieux disciplinéeset plus compactes, encerclaient Strasbourg, Brumath,Zabern, Seltz, Spire, Worms, Mayence. Julien les battit à Brumath ; il reprit Coblence, puis Cologne ; il ravitailla Trêves, revint à Strasbourg, et enfin remonta toute la vallée d'Alsace pour aller opérer sa jonction avec Constance, qui, de son côté, faisait la chasse aux Barbares, dans les montagnes de la Rhétie.

La tranquillité rétablie sur la frontière, Julien vint passer l'hiver à Sens. Il y était dans toute la joie de la victoire, lorsque soudain, il fut attaqué, à Sens même, vers la fin de décembre 356, par une irruption des Barbares. Il subit un siège de

30 jours ; les Germains s'éloignèrent sans avoir réussi leur coup de main : voilà quelle était, alors, jusqu'au cœur de la Gaule, l'insécurité, même des places fortes les plus importantes.

Sur le Rhin, les bandes de pillards se reformèrent vite. Dès 357, une véritable armée d'Alamans, organisée et à demi disciplinée, occupait l'Alsace, les Vosges et tout le pays rhénan jusqu'à Mayence. Une grande expédition pour les expulser était devenue indispensable. Julien La concerta avec un vieux général expérimenté, Sévère, qui avait longtemps commandé sur le Rhin» et avec Barbation, maître de la milice, qui devait amener une armée de la Rhétie jusqu'à Bâle,par la vallée de l'Aar. Les lenteurs et le mauvais vouloir de Barbation entraînèrent d'abord des mécomptes. Toutefois, les lètes indépendants furent capturés dans les défilés des Vosges et les Alamans furent pourchassés jusque dans les îles du Rhin où ils avaient trouvé un refuge momentané.

Au mois d'août enfin, Julien, non sans avoir, au préalable, assuré sa retraite en fortifiant Saverne, remporta la fameuse victoire de Strasbourg dont il nous a fait, ainsi qu'AmmienMarcellin, un récit détaillé et complaisant. Abandonné par Barbation, Julien n'avait que treize mille hommes. Sept rois alamans campaient avec 35.000 guerriers dans la plaine de Strasbourg, obéissant à un chef suprême, Ghnodomar, auquel son audace et ses ravages en Gaule avaient fait un renom terrible. Et des masses germaines continuaient, chaque jour, à affluer comme « des corbeaux avides », pour recommencer les pillages dont elles conservaient l'alléchant souvenir. Ghnodomar, géant coiffé d'un casque rouge, à la tête de ses bandes, brandissait sa lance, faisant caracoler son cheval fougueux. Il avait pour lieutenant son neveu Agénaric, fils de Médéric, qui, élevé chez les G allô - Romains, y avait pris le nom de Sérapion. Moins éclatant, Julien était seulement accompagné d'un soldat qui portait un fanion de pourpre. La mêlée fut acharnée ; à la fin, comme toujours, la discipline l'emporta sur le nombre, la méthode calculée sur l'impétuosité folle et la rage désordonnée.

Comme lors de la défaite d'Arioviste par Jules César, les Barbares prirent la fuite vers le Rhin et lancèrent leurs chevaux

à la nage. Les Romains criblaient de traits les fugitifs qui pouvaient d'autant moins riposter qu'ils avaient peine à lutter contre le courant. La lutte dégénéra en un combat de naumachie et Ammien Marcellin dit qu'on assistait sans danger au carnage. Ceux-là seulement, parmi les Barbares, qui surent se servir de leurs boucliers de peaux en guise de barques, purent gagner la rive droite du fleuve. Les Romains ne perdirent que 243 soldats et 4 officiers, dont le franc Bainobaude et le chef des cataphractaires ; on compta, sur la rive du fleuve, 6.000 cadavres alamans ; le flot du Rhin en entraîna bien davantage. Le chef des Barbares, Ghnodomar, avait aussi essayé de gagner le fleuve, mais son cheval glissa dans la boue et le culbuta. Il voulut se cacher dans le bois voisin ; mais il y fut découvert et conduit à Julien sous bonne garde. On lui fit grâce de la vie ; relégué à Rome, il devait y mourir après six ans de captivité1.

Victorieux, Julien passa le Rhin à Mayence,pour porter la guerre en Germanie. Les Alamans s'enfuirent dans leurs forêts, au delà du Mein. Julien voulut semer la terreur chez les Barbares, en détruisant leurs récoltes, en capturant ce qu'il put atteindre de leurs troupeaux. Ce fut en vain. « Quand l'armée, raconte Paul Allard, eut atteint, vers les pentes du mont Taunus, ces vastes contrées forestières dont les Romains, depuis César, ont toujours parlé avec horreur, une timidité nouvelle remplaça le premier entrain. Les soldats n'avaient plus, devant eux, des plaines ouvertes à ravager : ils entraient dans les ténèbres, ils prononçaient en tremblant ce nom vague de forêt Hercynienne, qui s'appliquait indifféremment à toutes les régions boisées de l'est de la Gaule et de l'ouest de la Germanie; ajoutant foi aux paroles d'un transfuge, ils se persuadaient que les noires futaies qui s'étendaient maintenant à perte vue devant eux, étaient pleines d'embûches, et que, de souterrains ignorés, surgiraient sur leurs pas des multitudes de Barbares.

« On hésita longtemps avant de s'engager ainsi dans l'inconnu : puis, le courage militaire reprenant le dessus, on se remit bravement en marche; mais vite, les convois d'hommes, de che-

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