Paul Al.la.HD, Julien l'Apostat, t. I,p
vaux, de bagages furent arrêtés par des monceaux d'arbres abattus : les routes étaient barrées avec des chênes, des frênes, d'énormes troncs de sapins. La marche devint difficile : les soldats furent souvent obligés de reculer, afin de chercher en arrière d'autre chemins. Ce fut un dur voyage : l'automne finissait, dans ces âpres régions ; le vent devenait glacial, les collines et les vallées étaient couvertes de neige : l'armée se traînait péniblement, souffrait beaucoup. Elle parvint heureusement, sans rencontrer d'autres ennemis que la forêt et la saison, à un fort bâti par Trajan, au confluent de la Nidda et du Mein, et qui, sans cesse attaqué depuis trois siècles, avait été grossièrement réparé. Julien s'y retrancha, et s'occupa de ravitailler son armée. LesAlamans, le voyant ainsi établi sur leur territoire, furent pris de peur : ils envoyèrent des ambassadeurs implorer la paix. Julien leur accorda une trêve de dix mois, espace de temps jugé par lui nécessaire pour achever de réparer les murailles du fort, et pour le mettre complètement en état de défense. Bientôt, vinrent à lui les trois rois Alamans, qui n'avaient point pris part à la bataille de Strasbourg, mais y avaient envoyé leurs contingents : ils prêtèrent un serment solennel, selon la mode de leur pays, jurant de ne plus attaquer les Romains, de respecter leur forteresse jusqu'à la fin de la trêve, et de leur apporter euxmêmes des vivres, s'ils en avaient besoin. De nombreux prisonniers romains furent rendus. La campagne de Germanie était terminée, avec profit et avec gloire '. »
Mais la guerre avec les Germains était sans fin. Des Alamans, il fallait passer aux Francs qui, depuis de longues années, ravageaient la Belgique, été comme hiver, sur terre comme par mer, « foulant avec une égale jouissance, dit Libanius, la neige et les fleurs ». L'armée de Julien les rencontra le long de la route de Cologne à Paris, entre Juliers et Reims, en divers endroits, surtout le long de la Meuse et de la Sambre. On fit des prisonniers qui furent enrôlés dans l'armée romaine. Julien put enfin gagner Lutèce ; il y passa l'hiver à méditer, tout en philosophant, un plan de campagne pour le