II. Lichtesbejvgeii, le Poème des Nibelungen, p. 'â9i
non plus que les chansons des Minnesinger, qui représentent le dernier état de la tradition épique relative aux grandes invasions du ve siècle, à Attila, aux Burgondes et aux Francs.
Ce sont les noms des héros de ces contes fantastiques qui se trouvent appliqués aux burgs et aux sites pittoresques de la vallée inférieure du Rhin. On montrait, entre Worms et Spire, une prairie qui avait été, croyait-on, le Jardin des roses de la belle Grimhilde et que, pour elle, les héros de l'épopée, Siegfrid et les Nibelungen, arrosèrent de leur sang ; c'est là aussi que Théodoric et Attila s'étaient battus en champ clos1. Au-dessus de Worms, était le palais des Géants et dans le cimetière de Sainte- Cécile, on visitait le tombeau de Siegfrid et sa lance dont la hampe était le tronc d'un énorme sapin, comme celles des Géants de la mythologie antique.
Des pèlerins exaltés se rendaient périodiquement aux lieux consacrés par ces souvenirs apocryphes, greffés sur l'histoire vraie des terribles invasions du ve siècle. Aujourd'hui encore, dans sa littérature et sa musique, ^'Allemagne s'en inspire frénétiquement. Les poèmes barbares ont perpétué jusqu'à nous la barbarie germanique. Le pangermanisme a pour dieu un monstre, Odin ou Wotan, comparable au Moloch carthaginois ; il est accosté de deux idoles historiques, Arminius le félon et Attila, le Marteau du monde.