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G. JuLUAn, Histoire de la Gaule, t. I, p

Le Rhin dans l'histoire. — 1. q

siècle. Déjà, on vient de le constater, dans cette période proto-historique, l'apport humain le plus considérable nous est arrivé par la Germanie, c'est-à-dire par le Rhin. Les tribus celtiques accourues pour se partager notre sol, se trouvèrent si nombreuses qu'il y eut, en quelque sorte, un trop-plein pour les espaces disponibles en dehors des forêts ; plusieurs d'entre elles, essaimèrent, comme elles l'avaient fait déjà de Germanie ; poussées par leur instinct atavique et traditionnel de déplacement et d'instabilité, on en vit traverser les Pyrénées et les Alpes, pour aller créer, par un fécond mélange, les races Gelto-Ibère (Geltibère) en Espagne et Gallo- Italique dans les régions circumpadanes.

Lorsque, dans la seconde moitié du ive siècle avant notre ère, l'armateur marseillais Pythéas accomplit son étonnant voyage de circumnavigation qui, par le détroit de Gibraltar, le conduisit dans la mer du Nord jusqu'aux bouches de l'Elbe, on lui raconta que ce fleuve marquait les limites de la Celtique et de la Scythie1. Le nom de Germanie n'existait pas encore. Sous l'appellation de Celtique, les Grecs d'alors englobaient vaguement toutes les populations du nord-ouest de l'Europe, comme ils groupaient sous le nom de Scythes, d'Indiens et d'Ethiopiens les races diverses répandues dans les profondeurs mystérieuses du Nord hyperboréen, de l'Asie ou de l'Afrique. Les Anciens avant César étaient fort peu renseignés sur la Gaule et sur l'ensemble des pays où prédominait la race celtique. Porybe n'en veut point traiter parce que ce sont des terres inconnues : « Ceux qui parlent de ces régions, ajoute-t-il, n'en savent pas plus que nous, nous le déclarons hautement ; ils ne font que débiter des fables. »

Que savons-nous, nous-mêmes, des origines celtiques ? Il faut reconnaître qu'en dehors des souvenirs relatifs à leurs migrations et à leurs invasions en Gaule et en Italie, les découvertes de la science moderne, nous en apprennent bien peu de chose. « Des dieux Celtes nous ignorons à peu près tout; à l'époque

1. Strabon (I, 4, 3) dit que tout le monde reconnaît que Pythéas est le plus menteur des hommes. Mais des savants modernes ont réhabilité le hardi na\igateur marseillais. C. Jullian, Histoire de la Gaule, t. I, p. 1U» et s.

ancienne, nous ne connaissons que les assimilations, sans doute superficielles, que nous en ont rapportées les écrivains grecs et latins ; à l'époque gallo-romaine, quelques surnoms celtiques de divinités locales nous font entrevoir un panthéon gaulois très différent de celui dont les conteurs de l'antiquité nous avaient donné l'idée1. »

Toutefois, la linguistique démontre que Ligures et Celtes constituèrent, dans la plus grande partie de l'Europe centrale et occidentale, le noyau de la population sédentaire. C'est seulement ainsi qu'on explique que, partout, ils aient donné des noms à une foule de lieux-dits, aux rivières, aux montagnes qui, baptisés par eux, gardèrent leurs noms celtiques jusqu'à nos jours. Maîtres des routes commerciales, ils les jalonnèrent de stations fortifiées, où les caravanes des trafiquants trouvaient un refuge, des vivres et des entrepôts assurés. Nous avons cité les noms celtiques de plusieurs des stations de la route de l'ambre ; il en est un grand nombre d'autres: Hambourg, Ratisbonne, Carnuntum, capitale de la Pannonie, Vienne, Belgrade, Cracovie, eurent des noms celtiques, furent donc fondées par des Celtes. En Gaule et dans les autres régions de l'Europe centrale et occidentale on retrouve les mêmes vocables d'origine celtique. Empruntons quelques exemples à d'Arbois de Jubainville et à Camille Jullian :

Isara est le nom antique de trois rivières: l'Isère (Dauphiné), l'Oise, affluent de la Seine, PIsar, en Bavière2. Les termes Durius et Duria ont formé les noms des Doires italiennes ; du Douro portugais; de la Duria, affluent du Danube en Moravie; de la Thur, nom de deux affluents du Rhin ; de la Dee, à Aberdeen en Ecosse 3. Vesuna est le nom d'une source divinisée, à la fois dans le Périgord, dans les Ardennes et chez des populations italiotes 4. Le nom de l'Aube, Albis, affluent de

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