Stkaison, IV
et de houx, pour lus soldats romains armés de l'épée et du javelot.
Les bois qui bordent encore aujourd'hui les bords de la Meurthe formaient le trait d'union entre l'Ardenne et les Vosges. La Hardt palatine, la forêt Sainte de Haguenau,le Bienwald au nord de la Lauter, la forêt de Dabo, ne sont également que les misérables débris de l'immense réseau forestier qui prolongeait l'Ardenne jusqu'en Alsace et chez les Leuques et les Lingons. La Hart alsaciennne se rattachait aux Vosges, aux forêts des Rauraques et au Jura ; plus loin, aux montagnes des Helvètes et des Allobroges. En regard de l'Ardenne, les Vosges plus altières étendaient leur immense rideau de chênes, de sapins, de hêtres, de châtaigniers, [étages depuis la croupe gazonnée des ballons jusqu'au fond des ravins où dévalent aujourd'hui encore schlitteurs et bûcherons. La forêt vosgienne allongeait ses tentacules jusqu'au plateau de Langres, englobant non seulement la haute Moselle, mais les sources de la Meuse, de la Saône et de la Marne.
Mais si les Anciens sont remplis d'émotion à la vue des belles forêts de la Gaule, ils ne tarissent pas d'éloges sur ses coteaux cultivés, ses champs de céréales, ses prairies, ses vignobles. Qu'est-il besoin d'insister sous ce rapport ? La Gaule, dit Strabon, a un sol particulièrement favorable à la production des céréales et des pâturages : « Nulle terre, ajoute-t-il, n'y est oisive, hormis celles que couvrent les bois et les marais ; mais il lui faut des bras nombreux pour la rendre féconde... »
Ces bras, ce sont les invasions venues de Germanie qui vont les lui procurer inlassablement durant des siècles.
LES MIGRATIONS EN GAULE AVANT JULES CÉSAR. — LIGURES ET CELTES, — L'EMPIRE ARVERNE. — LES CIMRRES ET LES TEUTONS.
En Gaule comme en Germanie, avant l'histoire écrite, le troglodyte, puis l'homme de l'âge de pierre, races fermées et peu perfectibles, se sont éteintes, submergées par les invasions qui ont amené d'autres races plus solidement trempées et mieux armées ; ainsi disparurent également, dans les contrées helléniques, les Pélasges et, en Italie, les Aborigènes. Sans doute, l'élite de ces sociétés primitives qui ont laissé, surtout dans les cavernes de la Gaule, tant de vestiges de leur activité industrieuse et de leur lutte pour l'existence, a réussi, dans une large mesure, à se mélanger avec les nouveaux arrivants et à s'élever jusqu'à leur niveau social ; cette première couche d'habitants a été en partie absorbée et asservie, constituant ainsi, par ce contact fécond de sa race avec d'autres d'une sève plus vigoureuse, la chaîne ininterrompue qui donne à l'espèce humaine son unité physiologique.
Dès l'époque de l'âge du fer, l'anthropologie constate sur notre sol un métissage de races aussi compliqué que de nos jours1. Puis, à l'aurore de l'histoire, les données de la linguis-
1. E. T. Hamy, îes Premiers Gaulois, dans l'Anthropologie, 190(3 el 1907.
tique et les fugitives traditions recueillies par les auteurs grecs et latins signalent, comme venus du dehors pour se fixer en Gaule et se superposer aux populations autochtones, d'abord les Ligures, au moins 2.000 ans avant notre ère. Les Ligures étaient des Indo- Européens ; ils sont peut-être les hommes du premier âge de bronze ; étaient-ils des Celtes ? ils formaient, en tout cas, l'avant-garde des invasions celtiques. Quand l'historien parvient à les saisir en toute sûreté de critique, ils achèvent leur rôle ethnique ; après avoir couvert l'Europe occidentale jusqu'au Rhin, on les voit reculer sous la pression des Celtes ou de nouveaux bans de peuples celtes, vers les régions méridionales ; plus tard, les Goths, les Burgondes, les Lombards ou les Suèves, fuiront pareillement devant d'autres Germains. Les Ligures étaient parvenus à une culture développée qu'ils devaient sans doute à leurs rapports avec les Etrusques et les navigateurs phéniciens et grecs. Vers l'an 600, lorsque les Phocéens vinrent fonder Marseille, la tribu ligure des Ségobriges fit, de bonne grâce, une place sur la côte aux colons grecs : tout de suite, dans la légende, l'accord politique et la fusion des races se trouvent symbolisés par le mariage de la fille du roi ligure Nann, avec Protis, le chef des Phocéens : le berceau de Carthage est auréolé d'une fable analogue qui symbolise la race mixte libyco-punique.
Pour atteindre la Gaule, les Ligures avaient-ils franchi le Rhin, le Danube ou les Alpes ? Il y a sur leur compte autant de conjectures que d'historiens. Non seulement les témoignages recueillis par Strabon, Diodore, Scylax, Aviénus sont loin de s'accorder, mais dans quelle mesure pouvons-nous reporter aux Ligures des temps primitifs ce qu'ils racontent des Ligures de l'époque romaine ?
Si l'on ne sait d'où venaient les Ligures et s'il est seulement probable qu'ils arrivèrent en Gaule et en Italie par le Danube et les Alpes, on est, en revanche, un peu mieux fixé sur l'origine des Celtes qui entrèrent en conflit avec eux et auxquels ils durent faire une place en Gaule. Marseille était fondée depuis peu lorsqu'un nouvel et immense cortège de tribus celtiques sortit des brumes de la Germanie du Nord et se mit en mouvo
ment vers l'Occident; leurs guerriers, armés de l'épée de fer et du javelot (gaesum), le cou orné du torques, marchaient au son <le la carnyx dont le pavillon recourbé affectait la forme d'une gueule de monstre. Les plus hardies de ces tribus, celles qui franchirent le Rhin, devaient former bientôt le noyau de la nation gauloise. A leur tête, figuraient les Bituriges, les Garnutes, les Eduens, les Arvernes, les Lingons, les Aulerques, les Ambarres, les Senons l. Un autre ban de tribus celtiques demeuré en arrière, se dirigea, par les routes de l'ambre, vers le sud de la Germanie, en Bohême et en Bavière et couvrit les vallées et les plaines du moyen Danube ; d'autres poussèrent plus loin encore vers le sud et les contrées helléniques.
Des Celtes séjournèrent un temps assez long dans la Germanie du Nord, bien avant qu'y parussent les premiers Germains. Et même, leurs exodes successifs pour la Gaule, n'entraînèrent pas, d'une manière absolue, tous les Celtes de Germanie, car on signale ultérieurement, même sous l'empire romain, des groupes de populations celtiques dans la Germanie septentrionale : témoins, les Lemovii des bords de la mer Baltique, qui ne sont probablement qu'un rameau des Lemovices de notre Limousin ; les Vénèdes des bords de la Vistule, qui sans doute, sont apparentés aux Vénètes de Vannes ; rappelons aussi les stations à noms celtiques de la route de l'ambre et la langue celtique de quelques tribus de Germanie à l'époque romaine. Il resta donc, dans l'Allemagne du nord, divers rameaux des nations qui vinrent peupler la Gaule. Ils furent subjugués par les Germains dès que les premières tribus de ces demi-nomades arrivèrent de l'Est, à leur tour.
En Gaule, le flot celtique mit fin à la domination des Ligures qui conservèrent toutefois la maîtrise dans la basse vallée du Rhône et les Alpes italiennes ; les Ibères se concentrèrent dans l'Aquitaine.
Tels sont les éléments ethniques primordiaux qui vont former la race gauloise, les premiers épisodes des invasions qui renouvelleront sans cesse notre sang, en se perpétuant de siècle en